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botanistes n'avaient jamais abor4é complètement la doctrine des nom$^ cette partie de la science ëtan^ demeurëe intacte , je m'en suis empare. Si l'on réunissait la totalité des noms génériques qui ont été adoptés et changés depuis Tournefort jusqu'à ce jour, on en trouverait plusieurs milliers; quelle est donc la cause de ce peu de stabilité ? je la trouve dans l'absence totale de règles destinées à fixer la synonymie botanique; tous les uoins spécifiques sont vicieux , riea n'est plus certain; et nos successeurs s'en convaincront. Si donc ceux-ci doivent être changés, pourquoi ne changerait-on pas les noms génériques reconnus faux? Peutron penser que les écrivains qui viendront après nous , adoptent 9 seulement parc9 que l'ancienneté leur aura donné une sorte de sanction y des noms tels que , monolasiocallenomonophyl' larum , hypophyllocarpodendrwn$ je vous le demande, peut-on tolérer des noms barbares , des noms terminés en queue, des noms bâtards?
Haller dans sa réponse en date du 3 juillet 1737 ^ convient que l'on a poussé trop loin le mode de nomenclature en oides , mais il soutient pourtant encore que dans une méthode , ou disposition synoptique , cette addition n'a aucun inconvénient , parce qu'elle donne au nom adopté une signification bien préférable aux mots vagues , pris chez les anciens. Dans cette même lettre Haller montre combien était grande la prédilection qui l'entraînait vers la botanique: « J'ai dirigé, écrit-il, toute mon attention su; les plantes de Suisse , mais en partageant mon tempf entre la botanique s, l'anatomie, et l'exercice de la médecine ; bien différent en cela de vous qui êtes un prélare entièrement dévoué au cult^ d^ Flore; j'ai
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étudie la botanique en dëpit de tous les obstacles 9 depuis 1728 , année pendant laquelle j'entrepris un pénible voyage de 200 lieues , à pied , à travers les Alpes. Ma famille a toujours condamné mes goûts , et poto:tant je ne me repens pas de les avoir satisfaits, je regrette même de ne pas avoir eu plus de temps à donner à cette étude favorite. »
' Peu de temps après ( 1737 ) , Linné écrivit une longue lettre à Haller ; renfermant de nombreuses observations critiques sur le Synopsis helvetioa qui venait de paraître. Il débute par cette phrase : « S'il est vrai que vous soyez certain de mon afifection et de mon estime , quoique vous ne m^ayez jamais vu j TOUS prendrez en bonne part les remarques que je vais faire sur votre dissertation : il m'a suffi de la parcourir pour m'assurer de la grandeur de l'entreprise, et pour voir qu'aucun botaniste^ à l'exceptioti de Dillenius, ne pouvait vous être comparé. Vous méritez de grands éloges , et si je fais la part de la critique c'est uniquement dans l'intérêt de mon instruction 5 ce qui me reste à vous dire ne sera connu que de vous et de moi. » La plupart des observations annoncées , sont présentées sous la forme de doutes , et Haller , lui-même , a reconnu que presque toutes étaient fondées 5 il déclare dans sa réponse (12 Septembre 1737), et pour s'excuser , que èon ame était péniblement affectée , quand il composa l'ouvrage critiqué 5 il venait en effet de perdre une épouse adorée et dont il parle avec amour. Cependant il relève les critiques qui lui sont adressées avec quelque amertume. « Votre lettre et les dissertations que vous dirigez contre moi , me sont parvenues.... vous admirez Magnol , que certainement vous n'avez pas lu
A. HALLEA. 173^ — 1766. IO9
mais TOUS, qui semblez prendre tant de plaisir à me cri* tiquer, ayez-vous bonne grâce à parler de l'indulgence q[uese doivent les botanistes. •• Je ne puis être accuse de vous avoir copié à l'égard de VunifoKum^ puisque ma description a été faite avant que j'eusse lu une seule ligne de la vôtre; rien ne me tourmente plus que d'être accusé de plagiat. •••• Vous me censurez amèrement en défendant Pontedera , et quand vous me blâmez d'avoir noté les erreurs de Dillenius et de Vaillant , vous semblez oublier que vous-même les critiquez à cbaque instant sans adopter jamais aucun de leurs noms. » ( 12 Septembre 1737. )
Ici commence à éclater cette mauvaise bumeur qui se cbangea en une animosité qu'on vit s'accroître avec les années. Linné , qui croyait à la francbise de son correspondant , lui avait écrit sans réserve et dans le secret de la correspondance; mais fialler avait plus de susceptibilité que de véritable afifection. Il est certain du moins qu'on ne trouve dans les lettres du professeur de Gottingue aucune phrase [amicale qui puisse être mise à côté de celle-ci, que Linné lui adressa pour dissiper son humeur chagrine. <( La lettre dans laquelle vous me dites que j'ai écrit dans des intentions malveillantes, m'a fait bouillir le sang dans les veines. J'atteste le Tout -Puissant, qu'aucun botaniste n'est placé plus haut dans mon estime et ne m'est plus cher que vous ! ne pensez pas mal de moi. Vous me paraissiez être d'un caractère franc, et je comptais que vous recevriez de moi, comme je l'aurais reçu de vous , tout ce qui se présente à une plmne qui glisse avec rapidité sur le papier dans des heures de
loisir Je suis fâché que vous ayez mal pris ce que
j'ai écrit concernant FunifoUum^ je n'ai cherché à
lié GÔlAËSPOirDAITCE DÉ LÙflfi.
rendre compte qae d'un pur hasard qui notis a fait iious téncontrer, etc. 9 etc. Jugez-moi mieux ; je ne diiiâ pas liiëchant , et si j'ëtais mal disposé pour queldtl'un , certes ce ne serait pas pour tous. » Celui qui aôtiterait que Linnë aimât réellement Haller y n'aurait plus aucun doute à ce sujet en lisant ce passage delà même lettre (8 Octobre 1737 ), qui, adressée à llti autre homme que Haller , et par un autre homme que Linné , pourrait sembler manquer de dignité. « Je if ai pas le temps de tous en écrire daTantage à présent ', je TOUS prie Seulement de bannir de Totre esprit tout ce qui, dans ma dernière lettre, a pu tous déplaire. Continuez-moi totre bieuTeillance accoutumée, et jAmiais je ne tous donnerai aucun sujet de mécontente^ •ment^ tous m'aimerez, j'espère , lorsque tous m'aurez TU , et que TOUS connaîtrez mon caractère. Je suis âoîgné de tous et mes ennemis eux-mêmes peuTent tous dite combien je tous estime. Je gémis d'aToir blessé yotre noble cœur ; je déplore ma faute et tous en deiliande un généreux pardon. Vous aurez de moi pleine satisfaction, soyez comme auparaTant mon ami.... »
Et Haller, du TiTant de Linné, a osé imprimer de pareilles lettres , et il n'a pas craint pour sa gloire , en cherchant dans cette publication des moyens de justification! En Térité, ce qu'il peut y aToir de petitesses dans un grand homme , console souTent de ne pioînt l'être. Haller se montra satisfait de cette rt-paratioh ; et la correspondance continua pendant quelque tëïnps sur un pied amical.
linné , dans sa lettre du 3 JanTier 1738, annonce à Haller qu'il Ta quitter Leyde et se diriger sur Gottingue , afin de lui demander des leçons de muséologie. II conimence à éti'e question de Heister , et de Sièges-
A. HALLB&. 1737 — 1766* 111
bedb charge, par lui, d'entrer en lice avec linnë. «Mon TÎeil aim Ludwig, dit celai -ci , est disposé à me comr battre; mais je serai aisément vaincu 9 car je dépose Garance les armes,et ne yeux pas me défendre. »Haller (9 Janvier 1758) approuve Linné de mépriser les misérables attaques dont on le menace , il lui ap* prend que Ludwîg veut aussi vivre en paix. Linné (93 Janvier 1738) attribue à Haller ce changement inespéré dans les dispositions de Ludwig, et le remereie; toutefois, il le prie de ne point prostituer sa plume à écrire à Heister et à Siégesbeck; ce qui d'ailleurs serait superflu , quant à ce dernier du moins , puisque le mémoire critique est déjà imprimé. Il parle dims une autre lettre ( Mars 1738 ) de la brochure de Siégesbeck; mais comme nous avons cité ailleurs les expressions acerbes de son adversaire , nous ne les reproduirons pas ici. La lettre de Linné , en date du 22 Juin 1738, est écrite de Rouen, oit il attendait le départ d'un bâtiment qui devait le ^ramener en Suède. Il apprend à Haller , qu'il est resté un mois à Paris où il a visité les magnifiques her- Iners de Surian , de Tournefort , et ceux des Jussieu. Les livres d'histoire naturelle qu'il a vus dans les bibliothèques de Paris , lui donneront facilement les moyens de doubler les matières qui doivent entrer dans son livre intitulé : BihKoiheca hotaniea $ il regrette de ne pouvoir retourner en Suède par l'Allemagne , ce qui lui aurait fourni les moyens de voir son ami à Gottingue ; il prie Haller de soigner sa sant# qu'on lui a dit être mauvaise.
La réponse de Haller à cette lettre est la plus amicale de toutes celles qu'il écrivit à Linné; elle valut au^ptofesseur de Gottingue une marque éclatante
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d'affection^ car il reçut de Suède, peu de temps après, une biographie autographe , devenue un monument historique du plus haut intérêt; Haller lui avait écrit en ces termes : « Adieu, mon cher ami, puis» siez-vous jouir d'une santé parfaite , et continuer vos travaux botaniques. Des occupations de différente nature , m'entraînent loin de ce qui me plaît le phis ; mais mon inclination particulière , me ramène toujours vers la déesse des fleurs; je désire pouvoir consacrer à la botanique, mes loisirs et ma vieillesse. J'employai ma fortune à rassembler des dessins , des} plantes et des livres; vous, de qui Flore attend plus que de tout autre , puissiez- vous mettre à profit tous vos avantages , et vivre quelque jour sous un ciel plus propice. S'il arrive jamais que mes concitoyens m'engagent à venir me fixer parmi eux , ou que je revienne de mon propre mouvement dans ma patrie , conmie cela pourrait fort bien arriver , c'est vous que je choisirai pour me succéder dans la direction de mon jardin, et dans toutes les prérogatives attachées à ma place. J'ai déjà parlé dans ce sens aux personnes de qui la chose dépendrait, le cas échéant (24 Novembre 1738). » Sans chercher à diminuer en rien dans cette circonstance , le mérite de Haller, nous ferons observer que cette offre était vague et purement conditionnelle , et que le savant professeur usait seulement alors du droit de se choisir un successeur, car le professorat et le jardin n'étaient pas de ces choses qu'on transporte en allant se fixer dans une autre contrée. Linné , toutefois , accueillit cette proposition avec la reconnaissance la plus vive et parut même embarrassé de trouver des termes qui pussent la peindre; laissons-le parler lui- même.
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<( Quoique votre lettre porte la date du 24'Novembre de l'année dernière , elle ne m'a été remise que lé i3 de ce mois , par un ministre de IVglise allemande , à Stockholm. J'ignore quelles peuvent être les causes du long retard qui m'a si long-temps privé d'un gage inappréciable de votre amitié.
» Votre noble procédé m'a rappelé celui du digne Hermann envers Tournefort : il oiSrit , vous le savez , au botaniste français, de résigner en sa faveur la place de professeur, et de chercher quelqu'autre moyen d'existence^ Vous imitez ce rare désintéressement } vous vous déclarez aussi l'ami de l'étranger, vousl'invitez à venir et vous lui offrez , avec la dignité de professeur , la direction de votre admirable jardin. Un frère en ferait-il plus pour un frère chéri , un père tendre pourrait-il mieux traiter un fils unique? J'ai vu un grand nombre d'hommes,, et beaucoup d'entr'eux ont paru m'aimer^ mais personne ne s'est montré ' aussi dévoué à mes intérêts que vous me paraissez l'être; les mots me manquent pom* vous exprimer tout ce que je ressens; je conserverai à jamais votre nom gravé dans mon cœur ; et après moi il deviendra cher à tous les miens.
- » Je ne puis vous dire encore si j'accepterai ces offres brillantes; mais puisque vous me traitez en père, je vais en attendant me comporter en fils, et vous donner une histoire abrégée de ma vie jusqu'à ce jour.
» Vers l'année 1730 , j'ai enseigné la botanique à l'université d'Upsal. Ce fut dans cette même année que notre ami commun , le docteur Rosen , revint dans sa patrie; j'étais étudiant en médecine et suppléant de Rudbeck pour la chaire de botanique;
Il4 GOBBBSP0NDiANGE DE LIBTNÉ.
Rosen Fêtait pour celle (Fanatomie , mais il avait ea outre le titre de professeur agrégé eu médecine. Je fis un voyage en Laponie pendant l'année 1752 et, à mon retour à Upsal, j'enseignai pendant un an lu minéralogie et la botanique ^ je quittai Upsal, et j'entrepris un voyage en Dalécarlie *, ainsi le voivhit la Providence*. Ce voyage étant terminé , je me fixai à Falhun , capitale de la province , j'y donnai àm leçons de minéralogie 9 et me fis une petite clientelle médicale; je séjournai dans cette ville pendant un moia^ estimé de tout le mondé. LA vivait un médecin nommé Morœus , que le vulgaire disait riche y et qui était en efiet le moins pauvre de tous les habitans de cette misérable contrée , comme il était aussi soimt b^ rapport de la science le premier de tous les médecins de Suède ; cent fois je l'entendis m'assurer que la pire condition humaine était "celle d'un homme livré i l'exercice de la médecine. J'allais le voir souvent et j'en étais toujours un hôte bien reçu ; le docteur Morœus avait deux filles ; l'aînée , courtisée par un gentilhomme, se montrait peu sensible à ses soins; je la vis et demeurai interdit à sa vue 5 mon cœur s'ouvrît à des sensations nouvelles 5 j'aimai. Touchée de mes tendres discours , elle me paya de retour et m'engagea sa foi 5 mais j'étais si pauvre que je rougissais de la demander à son père; cependant je parlai. Morœus ne dit d'abord ni oui ni non 5 il m'aimait , mais non pas ma destinée; il promit que sa fille me garderait sa foi pendant trois années et
* Admirons la réserve de Linné et son savoir-vivre ; il ne dit pas ici un seul mot de ses démêlés avec Rosen : Haller était alors en correspondance avec ce savant médecii^ , et Linné le savait.
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qp^après ce temps il se prononcerait définitivement. Ayant mis ordre à mes affaires et tout dispo8<$ pour mon dëpart , je quittai Falhun et la Suède , riche seulement de trente-six ëcus d'or; j'obtins mon titre de docteur y mais faute de ressources pécuniaires je ne pus reyenir dans ma patrie , et restai comme tous le sarez en Hollande. Pendant mon absence B***** , mon meilleur ami , me faisait passer par la poste les lettres de ma nàaitresse qui persistait saintement dans sa promesse. La dernière année que je passai- chez Van-Royen , (et ce fut avec l'autorisation de ma prétendue , car il y avait déjà quatre ans que j'étais absent, et mon futur beau-père ne m'en avait accordé que trois pour tout délai ), B***** jugea qu'il lui serait peut-être possible de me supplanter^ c'était pourtant SOT ma recommandation qu'il avait été nonuné professeur 5 comme il faisait entendre que je ne reviendrais jamais dans ma patrie , il fut peut-être parvenu à ses fms et m'eût enlevé ma fiancée , si un autre ami ae m'eût dévoilé cette perfidie ; B***** a expié cette trahison par une foule innombrable de malheurs. » Je revins dans ma patrie. La jeune fille me préféra à B***** 5 on le congédia. Je retournai me fixer à Stockholm, et me vis presqu'aussitôt après mon arrivée tourné en ridicule, à cause de mon amour exclusif pour la botanique. Personne ne disait que je passais les nuits sans dormir , et que je donnais tout mon temps an travail ; mais si quelqu'un assurait que fêtais tombé sous les coups d'un Siégesbeck, on le répétait en chœur •, à cette époque, nul n'eût voulu confier à mes soins le moindre valet. Je traversai cette période pénible de ma vie comme je le pus , mais du axmis atec h0iinêteté. Je commen:çai à me fkire une
Il6 GO&RESPOKDAICGE DE LIKITÉ.
t^lientelle qui s'accroissait quoique bien lentement^ lorsque tout-à-coup la fortune cessa de m'être contraire 9 un astre bienfaisant se leva sur moi; j'eus accès auprès des grands , et fus comblé de leurs faveurs 5 j'acquis de la vogue , et bientôt aucun malade ne put guérir sans moi. Je gagnais de l'argent et visitais ma clientelle depuis le matin jusqu'au soir ; souvent la nuit me voyait occupé des mêmes soins. Ainsi donc, disai-je , Esculape me comble de ses faveurs , et Flore ne me vaut que des Siégesbeck. J^abandonnai le culte de Flore , et réunissant mes dissertations botaniques, (Dieu seul en sait le nombre!) je les condamnai à l'oubli; jurant bien, surtout, de ne pas répondre à mon antagoniste. Bientôt je fus nommé médecin de l'armée navale , puis élevé par les États du royaume à la place de botaniste du roi pour professer dans la capitale, et d'honorables émolumens me furent alloués. Je commençai de nouveau à aimer les plantes et revins à la botanique, mon étude de prédilection. Ce fut alors que j'épousai ma fiancée , après cinq ans d'une fidélité mutuelle ; mon beau-père, qui aime beaucoup l'argent, en donna fort peu à son gendre ; mais je puis m'en passer , et nos enfans , je l'espère , sauront être heureux sans une grande fortune.
» Maintenant deux places vont devenir vacantes à Tuniversité d'Upsal : Rudbeck et Roberg ne sont pas éloignés de se démettre de leurs, fonctions; si cela arrive , Rosen succédera à Roberg et peut-être succèderai-je à Rudbeck. Au reste, quoiqu'il arrive, je désire vivre et mourir en Suède , et laisserai le champ libre à mes autres compétiteurs. Si je n'obtiens pas la place de professeur à Upsal, et que vous m'invitiez à aller