‹ Vie de Louise d'Orléans reine des BelgesChapitre 2 sur 28 · D3[L3[aaa · texte numérisé non relu

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(Fi Ér.NlltR.)

L'allitiidc prise par le duc d'Orléans dans les dernières années du règne de Charles X n'était pas chose nouvelle dans sa famille. Depuis le temps du Régent, il y avait là cfuelque chose de traditionnel, pour ainsi parler, et dans tous les pays du monde on a vu les branches cadettes s'ouvrir des espérances au trône, en ralliant à elles les partis mécontents.

Quand la révolution de Juillet éclata, tous les yeux se fixèrent sur le duc d'Orléans. Les libéraux se disaient : « C'est là 1» le prince qu'il nous faut! =• les amis de la dynastie qui s'éloignait répétèrent avec inquiétude : « S'il est fidèle aux devoirs » de son sang, il remettra le sceptre à l'héritier légitime. >»

Cependant les libéraux triomphèrent des premières irrésolutions du duc d'Orléans, et ce prince parut convaincu que les pavés de Juillet avaient creusé im abîme entre la branche aînée et le peuple de Paris. On eut alors en France le même spectacle qui s'était produit en Angleterre lorsque, un siècle et demi auparavant, la révolution de 1688 avait frappé les Stuarts. « Si . le roi Lom's-Philippe réussit — disait, à la fin de 1830, l'am-

» hassadeur de France à l'empereur Nicolas — il ne restera de » tout ceci qu'une situation équivalente à la royauté constitu- " tionnelle de Louis XVIIT, avec l'amour-propre national satis- » fait et donnant force à la royauté nouvelle. Celle-ci, il est » vrai, n'aura pas la vertu que le principe du droit légitime )» recèle en lui. Mais la maison d'Orange a pu régner avec » grandeur sur l'Angleterre, privée, elle aussi, de ce principe » que les Stuarts emportaient avec eux dans l'exil. Louis- » Philippe sera le Guillaume d'Orange de son temps; il en a la » situation, la prudence et l'habileté. i>

On sait avec quel soin Louis-Philippe s'appliqua toujours à justifier ce qui s'était fait en août 1830, et combien il insistait sur le dogme de la nécessité politique, dont le départ de Charles X avait rendu l'application souveraine. «' Tous les » yeux, disait-il, se sont tournés vers moi. Les vaincus eux- " mômes m'ont cru nécessaire à leur salut. Je Tétais encore >» plus peut-être pour que les vainqueurs ne laissassent pas '> dégénérer la victoire * ."

Dansées graves circonstances, la famille d'Orléans se serra autour de gon chef plus étroitement que jamais, et pendant que la reine Marie-Amélie priait le Ciel pour la France, Madame Adélaïde, femme virile et qui, dans d'autres temps, eût tenu d'une main ferme les rênes d'un grand empire, se prépara à partager les dangers que son frère bien-aimé pouvait courir; les princes et les jeunes princesses entourèrent leur père d'une respectueuse tendresse; on eût dit que l'épouse, les enfants et la sœur cherchaient à lui servir de rempart, comme s'ils pressentaient déjà que des balles régicides s'apprêtaient pour frapper le roi de Juillet, dans ces mêmes rues de Paris où il avait ramassé sa couronne.

(Lettre aulopraplie du roi Louis-Philippe à Temperenr Nicolas, portée à Sainl-Pétorsboiirg par le général Auhalin.)

Si Charles X avait perdu la sienne en 1830, la charité, du moins, régnait toujours aux Tuileries. L'inc^puisable bonté de ce prince et les bonnes œuvres de IMadame la duchesse d'Angouléme avaient laissé à la reine Marie-Amélie des traditions qui furent dignement suivies. Et avec quel empressement on vit la princesse Louise s'associer à cette part d'un royal héritage! Depuis les hôpitaux de Paris, où la douleur est partout et se dévoile à tous, jusqu'à l'indigence qui se cache et que précéda parfois une ancienne splendeur, tous les asiles de la soulTrance et de la misère apprirent à bénir le nom de la princesse Louise d'Orléans. Sous les yeux de sa mère et sur cette terre de France qui lui était chère, elle révélait déjà ces trésors d'ineiïable bonté, de charité inépuisable que nous avons admirés, depuis, dans notre Belgique, sa patrie d'adoption.

Mais Paris va perdre cette princesse accomplie, et les Tuileries, dont elle était le plus bel ornement, ne la posséderont plus. Car l'hymen la réclame à Compiègne, en attendant le jour, si cher aux Belges, où les palais de Laeken et de Bruxelles s'embelliront do sa douce présence.

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On connaît ranciennclé et Tillustration do la maison souveraine de Saxc-Cobourg, dont l'origine remonte aux premiers margraves de Misnie, qui étendirent leur autorité sur le landgraviat de Thuringe et plus tard sur le duché de Saxe. Alliée aux maisons impériales et royales les plus puissantes de l'Europe, celle de Saxe-Cohourgshonore d'avoir donné à l'Allemagne des princes vaillants et magnanimes, deux rois à la Pologne et le maréchal de Saxe à la France qu'il sauva à Fontenoy.

L'éducation du prince Léopold, qui règne sur la Belgique aujourd'hui, se partagea de bonne heure entre les langues anciennes et modernes, la littérature et l'histoire, les mathématiques et le droit public. De sérieuses études le disposèrent aussi à la pratique de l'art militaire, et il ne tarda pas à devenir l'un des princes les plus instruits de l'Europe. Napoléon, à Sainte Hélène, parlait de lui avec éloges, bien qu'il l'eût vu, plus d'une fois, sur les champs de bataille dans des rangs ennemis.

Le prince avait seize ans lorsque l'acte du 12 juillet 1806 déclara Napoléon protecteur de la confédération du Rhin. Cette suprématie n'ayant pas été admise par la Russie, la Prusse s'unit à elle, et le débat se vida dans les champs d'Fylau. Tout se réunit dès lors pour engager le jeune prince à prendre du service dans les armées russes; sa sœurbicn-aiméo, la prin-

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cesse Anne Feodorowna était niarice au grand-duc Constantin ; les troupes françaises avaient occupé Cobourg, et cette occupation ruinait le pays. A l'entrevue d'Erfurt, Léopold parut aux côtés de l'enapereur Alexandre avec le grade de général au service de Russie. H avait alors dix-sept ans. La grâce de ses manières et la distinction de son langage furent fort rcnnarquées, et on savait qu'elles s'unissaient déjà en lui à ces qualités du cœur et de l'esprit dont les hommes d'élite sont seuls doués.

Cependant Léopold dut, bientôt après, quitter le service de Russie afin de ménager les intérêts de sa maison, laissés à la merci de Napoléon, victorieux sur tous les points de l'Allemagne; dans sa bonté ordinaire pour le jeune prince, l'empereur Alexandre insista lui-même pour qu'il s'éloignât, lui faisant comprendre qu'il était prudent de compter avec cette politique ombrageuse de Napoléon, qui s'exerçait alors en Europe dans sa toute-puissance. Léopold était venu à Paris pour la première fois à la fin de 1807, la famille de Saxe-Cobourg ayant été réintégrée dans ses droits par un article du traité de Tilsitt. Revenu en Allemagne, et se consacrant entièrement aux intérêts de sa maison, à la culture des sciences et des arts, il s'occupa de l'administration du duché de Cobourg, voyagea ensuite en Italie, visita la Suisse et l'Au triche.

Les désastres de IMoscou allaient bientôt entraîner toute l'Allemagne dans une coalition nouvelle contre Napoléon. L'empereur Alexandre ayant rappelé Léopold près de lui le remit en possession du grade de général qu'il lui avait conservé dans les cadres de larmce russe. A Lulzen, Léopold eut le commandement d'un corps de cavalerie; à Bautzen, il soutint la ligne de défense avec autant de prudence que d'intrépidité. Prince allemand, il comprenait tout ce qu'avait de décisif, dans la lutte engagée, le réveil du patriotisme germanique, cl il se montra habile dans les conseils qu'il donnait à Alexandre et à l'empereur François II pour mettre a profit cette disposition

d'esprit dont Napoléon était loin d'avoir prévu lessor et l'immense portée pour le succèsde la campagne de 1 81 3. Devant Dresde et à Pirna, le prince exécuta, avec les contingents placés sous ses ordres, des marches rapides et décisives qui aidèrent à couvrir la retraite des Alliés. A Culm, oîi Vandammc tentait cet effort suprême sur lequel reposaient de si grandes espérances et dont on attendait l'issue dans le quartier général de Napoléon avec tant d'anxiété, Léopold se couvrit de gloire; et pendant que Vandamme et le général Haxo demeuraient prisonniers, le prince, dont les éclatants services avaient été signalés aux deux empereurs alliés, recevait les insignes des ordres militaires de Saint-Georges et de IMarie-ïhérèse. A Leipsick, Léopold protégea, par des mouvements habilement combinés, les batteries russes au moment où lartillerie française les foudroyait et commençait à éteindre leurs feux. Puis, la campagne de 1814 s'ouvrit. Léopold se trouva à la bataille de Brienne, à Arcis sur Aube, oii il commandait l'aile droite, et au combat de la Fère Champenoise; le 31 mars, il entrait à Paris avec l'armée alliée et à la tête du corps de cavalerie dont il avait le commandement.

L'empereur Alexandre s'élant rendu en Angleterre, Léopold l'accompagna. Présenté à la princesse Charlotte, fille du prince de Galles et héritière du trône delà Grande-Bretagne, Léopold fixa dès lors le cœur de celte jeune princesse, dont la rare beauté, les grâces et les vertus faisaient alors l'ornement de la cour et lorgueil de l'Angleterre. Léopold ne quitta Londres qu'un mois après l'empereur Alexandre et se rendit au Congrès de Vienne, pour y faire valoir les titres que sa maison avait à invoqueraumomentoii la reconstitution politiquede l'Allemagne s'opérait.

Cependant le retour de l'île d'Elbe le rappela brusquement à l'armée, et il rejoignait sur les bords du Rhin le corps auquel il appartenait, au moment même où la journée de Waterloo

venait assurer la paix définitive de TEuropc. Il revint alors à Paris et se rendit ensuite à Berlin où il ne tarda pas à recevoii le message solennel par lequel le prince régent d'Angleterre lui annonçait que la main de la princesse Charlotte lui était accordée. Fille du prince de Galles, depuis Georges IV, et de la princesse Charlotte-Amélie de Brunsvvick-Wolfenbuttel, la jeuncprinccsseenlraitalors dans savinglicmeannée. A l'occasion de cette union, célébréeà Carlton-Housc Ic2 mai 1816 au milieu des acclamations de toute l'Angleterre, Lcopold reçut le titre de duc de Kendal et prit rang immédiatement après les membres de la famille régnante. Camclmorf-Housc devint la résidence desdeux époux ; ils eurent aussi Clarcm.ont, habitation charmante dont Kent et de Brown avaient embelli le château et le parc; Claremont où s'abritent aujourd'hui de royales infortunes, où est mort ce roi proscrit, qui sera grand dans l'histoire, cette reine vénérée, ces princesses charmantes et ces princesaccomplis, qui se montraientsi fiers de servir la France, et que la France ingrate a délaissés !

On sait la fin funeste de la princesse Charlotte, cette mort si prématurée, si peu prévue, dont les rigueurs ne purent être conjurées par tant de beauté et de vertus, et qui détruisit, à la fois, une vie qui semblait devoir être si belle, les espérances lespluschèresaucœur deLéopoldet celles de toute l'Angleterre. On se souvient de cette douleur immense qui gagna tous les cœurs anglais, lorsqu'on apprit que la princesse n'était plus! Ce fut un deuil général pour la Grande-Bretagne; les théâtres se fermèrent, les ateliers restèrent déserts; on s'abordait avec tristesse... et le deuil de Léopold semblait être devenu celui de chaque famille anglaise. Jamais d'aussi légitimes regrets n'avaient eu un tel retentissement, et les récits qui nous en ont été conservés remettent en mémoire ces mots de Bossuet, parlant, lui aussi, d'une princesse d'Angleterre, Madame Henriette de France : «' Oh! nuit eiïroyable où retentit

» tout à coup comme un. éclat de tonnerre cette étonnante » nouvelle! 3/at/ame se meurt! Madame est morte! Hier elle '» florissait... et que de grâces!... " L'enfant nouveau-né de la princesse Charlotte n'avait pas vécu; la mère n'était plus... Léopold, plein de tristesse, résolut de ne plus quitter Claremont et d'achever, dans cette résidence qui avait abrité tant de joies, les travaux qui occupaient la jeune princesse et qu'elle laissait inachevés. Le temple qu'elle se plaisait à élever dans les beaux jardins de Claremont fut converti par Léopold en mausolée, et ce prince plaça sous sa voûte le buste de la princesse pleurée de tous. Cette commune douleur resserra encore les liens d'attachement et de sympathie qui unissaient déjà Léopold au peuple anglais. Le prince régent l'admit dans sa famille avec le litre de piince royal ; il put porter les armes de la Grande-Bretagne, reçut le litre de feld maréchal et eut entrée au Conseil Privé.

Lorsque l'Europe, après avoir rendu la Grèce à la liberté, se préparait à lui choisir un roi, Léopold habitait encore Claremont. Quelques voyages en Allemagne et en France, l'étude attentive des grandes institutions politiques et des événements qui remplissaient le monde, avaient occupé sa vie toujours attristée. La pensée des cabinets de Saint-James, des Tuileries et de Saint-Pétersbourg s'étant arrêtée sur lui, et MM. de Montmorency-LavaL, Aberdcen et Lieven lui ayant fait des communications olïicielles dans ce sens, au commencement de février 1830, Léopold s'attacha, avant tout, à se rendre bien compte des instincts qui venaient de se révéler dans le cœur des Hellènes. N'ignorant pas qu'avant même le combat de Navarin, les Grecs affranchis s'étaient donné une constitution à Nauplie, il comprit combien il importait que son élection au trône de la Grèce sortît des libres suffrages des Grecs, s'il ne voulait être placé à leur égard dans la situation d'un roi imposé, envers lequel la Grèce ne se serait crue nullement engagée. Les limites

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du territoire concédé au nouveau royaume ne parurent pas, d'ailleurs, à Léopold de nature à garantir sa stabilité et son indépendance. LesGrecs s étaient presque unaniment prononcés pour la frontière du golfe d'Arta au golfe de Yolo, la seule raisonnable. Léopold fit donc, en acceptant le trône, des réserves formelles sur ces deux points, insistant, de plus, sur les facilités financières qu'il convenait d'assurer à cet État naissant, où tout était à créer, et réclamant la garantie d'un secours en cas d'agression étrangère. Ces demandes n'étant qu'en partie admises, la frontière réclamée n'ayant pas eu l'assentiment de la Conférence

— bien que la force des choses l'ait portée plus tard à la concéder

— et la conscience de Léopold lui disant qu'il ne trouverait pas dans cette périlleuse mission tous les moyens de dominer les tempêtes, les négociations cessèrent et il refusa le trône qui lui était offert. Mais l'estime de l'Europe le dédommagea du sacrifice qu'il venait de faire, et on admira celte loyauté si parfaite dont l'ambition et la pensée d'une couronne n'avaient î)u faire taire en lui les exigences.

La révolution belge ne devait pas tarder à récompenser son abnégation. On sait comment cette révolution s'accomplit et ce qu'il fallut vaincre de difficultés pour faire accepter par la conférence de Londres les vœux des Belges émancipés, en présence des résistances de la Hollande, du mauvais vouloir de la Prusse et de la sourde hostilité de la Russie. Pour bien comprendre à quel point il était difficile à la diplomatie européenne de traiter avec les Belges sur le terrain des concessions qui leur étaient demandées, et cela au lendemain encore de leur victoire, il convient de caractériser ici, en recourant pour cela aux enseignements de l'histoire, leur disposition d'esprit de tout temps favorable aux idées d'indépendance. Les annales du peuple belge pourraient se résumer dans l'histoire des luttes qu'il soutint pour ses libertés, et soit qu'il eût à subir la dominalion de la France, soit que la maison d'Autriche possédât

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son sol, le scnliment de rindépendance ne s'éteignit jamais en lui. Les rois et les empereurs ne furent pas les seuls auxquels les Belges eurent à résister; leurs comtes, leurs évéques, forts des immunités que le moyen âge avait consacrées au profit des grands, cherchèrent à les asservir; mais plus d'une fois comtes et prélats apprirent, eux aussi, ce que peut un peuple opprimé, le jour où il se lève pour la liberté. Artevelde, d'Egmont, Van der Noot et la révolution qui affranchit la Belgique de la domination des Hollandais, il y a vingt ans, rappellent, sous d'autres aspects et à des époques bien différentes, les mêmes instincts, d'égales antipathies, de communes espé: ranccs, les mêmes périls affrontés. Après les victoires de Dumouricz, la Belgique dut lier ses destinées à celles de la France. Depuis lors on s'est souvent demandé si cette fusion était favorable aux Belges. L éclat de l'ère impériale avait pu, il est vrai, leur faire oublier ce qu'un peuple perdait à n'être pas indépendant ; mais la domination hollandaise le leur remit en mémoire. Ln jour vint où la Belgique ne regarda plus si ses intérêts financiers seraient lésés par une séparation avec les Pays-Bas; elle avait pu apprendre, pourtant, combien au point de vue du bien-être maléiiel, une nation industrieuse se trouve dans de bonnes conditions lorsqu'elle est liée à un peuple exportateur; les Flandres etd'aulres points de cette Belgique, si laborieuse et si féconde, produisaient; la Hollande, elle, exportait et lui donnait en retour ses florins ou de précieux échanges. Tout cela en 1830 futgénéreusement mis en oubli... Formons une nation, dit-on, et prenons rang enfin parmi les peuples qui traitent avec l'Europe. Nous en serons moins riches, peut-être... mais l'indépendance nous dédommagera. On avait dit dans l'Antiquité : "Quel qucdoiveêtre le prix de cette noble liberté, il faut savoir le payer aux Dieux! » Les Belges s'en souvinrent; la lutte contre la Hollande commença, et le jour où ils résolurent d'être libres, leur affranchissement s'accomplit.

Lorsque les Hollandais se furent éloignés, la Belgique chercha un roi autour d'elle. Car ces Belges si fiers de leur indépendance, auxquels nul sacrifice n'avait coûté pour la conquérir, eux qui, la veille, repoussaient l'autorité constitutionnelle du roi des Pays-Bas. répétaient encore cependant avec Manuel, l'un des héros du vieux libéralisme français : «< Le trône con- '» stitulionnel est le plus sûr rempart de la liberté. » Le roi Louis-Philippe pouvait donner l'un de ses fils; mais il redouta l'Angleterre; la paix de l'Europe importait à la France et à sa dynastie nouvelle; on offrit donc la couronne au prince Léopold de Saxe-Cobourg, et la Belgique, depuis dix-neuf ans, ne s'est pas repentie un seul jour du choix qu'elle fit alors.

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Le projet de mariage du roi Léopold et delà princesse Louise d'Orléans ne s'appuyait pas sculemenL sur de mutuelles sympathies; cette union fut l'œuvre d'une haute raison et vint donner à l'Europe un gage sérieux de confiance et de paix durable.

On sait dans quelle situation la Révolution belge avait placé les cabinets européens. Bien que cette révolution se fût faite au nom du sentiment national, que la noblesse et le clergé, comme la bourgeoisie et les masses populaires, eussent suivi, en y prenant part , une impulsion commune, irrésistible, les faits accomplis détruisaient l'œuvre des traités de 1815 devenus, en quelque sorte, depuis la chute de Napoléon, la charte du droit européen.

Le sentiment français en Belgique ne s'était pas éteint dans tous les cœurs, et lorsque la révolution de Septembre éclata, la pensée d'une réunion à la France trouvait faveur dans les esprits sur quelques points du territoire. Mais les hommes qui nourrissaient cette pensée ne furent pas les plus nombreux, el c'est à tort qu'on a dit que la révolution de Septembre était fille de la révolution de Juillet, qu'elles avaient eu l'une et l'autre, des causes essentiellement identiques; car on vit la noblesse et le clergé belges se placei lésohnnent à la tète du mouvement

révolutionnaire, lorsque, au contraire, la révolution venait de se faire en France pour combattre l'influence des prêtres et celle de l'aristocratie.

Depuis 1828, l'opinion publique était fortement excitée à Bruxelles et dans les provinces wallonnes; elle tenait en échec le gouvernement du roi Guillaume, et chaque jour servait à prouver que l'union du peuple belge et du peuple hollandais devait prendre fin. Tout depuis a démontré que les Belges de i 830 étaient mûrs pour former une nation indépendante, pour réaliser enfin l'œuvre patriotique qu'avaient déjà tentée leurs devanciers, du temps des ducs de Bourgogne, de Philippe II et de l'empereur Joseph II.

Le Congrès belge comprit noblement sa mission. Il proclama l'indépendance de la patrie, résolution seule digne d'un peuple quiavait combattu pour la liberté; et, certes, nul autre parti n'eût satisfait au même degré que celui-là le sentiment national; en s'assurant ainsi les bonnes dispositions de l'Angleterre, que toute pensée de réunion au sol français eût trouvée hostile, on préservait en même temps l'Europe d'une guerre qui pouvait mettre en question la paix du monde.

C'est dans cet ordre d'idées que le roi Louis-Philippe crut devoir refuser la couronne offerte au duc de Nemours. La royauté dujeune prince fût devenue la pomme de discorde pour laquelle la France et l'Angleterre auraient tiré l'épée; la royauté de Léopold, au contraire, contribua à cimenter entre les Tuileries et le cabinet de Londres ces bons rapports, cette cordiale entente qui se sont maintenus jusqu'au jour oii les mariages espagnols furent conclus.

Pourtant, la France de 1830 s'attrista de voir refuser la couronne offerte au fils de son nouveau roi. La France n'aime pas les Anglais, et si la peur qu'ils inspirent peut parfois peser sur les gouvernants ou sur les chancelleries de ce pays, elle n'agit jamais sur la nation, parce que celle-ci est brave, pleine d'ardeur,

et que les chances de la guerre ne la préoccupent jamais. L'Opposition disait aux ministres du roi Louis-Philippe après le refus de la couronne de Belgique : »= A'ous avez eu peur des Anglais... Vous humiliez le pays! » et ce reproche avait de la gravité chez un peuple qui, à toutes les époques de son histoire, a pardonné volontiers aux princes téméraires et tenu rarement compte des lois de la prudence et de la réflexion.

Aussi importait-il beaucoup au roi Louis-Philippe et à l'amour-propre national, porté en France à un point si haut, que ce refus d'un trône offert ne conduisît pas la Belgique à s'isoler de la France, à s'abandonner aux influences anglaises. Le mariage d'une princesse d'Oiiéans avec le roi que la Belgique venait de se donner fut le lien merveilleux qui rapprocha alors ce qui tendait à s'isoler, qui vint résumer dans des conditions d'équité le rôle que l'Angleterre et la France devaient respectivement garder dans la question belge. Cette union habilement préparée portait, de plus, le dernier coup aux espérances de la maison d'Orange. Devenue désormais l'image vivante des sympathies de la France et de l'Angleterre pour la nationalité belge, elle contribua, plus qu'on ne le comprit d'abord, à tenir le cabinet de Saint-Pétersbourg dans l'expectative, et on vit les Prussiens demeurer l'arme au bras aux portes même de la Belgique, en dépit du roi Guillaume qui s'en indignait à La Haye.

Le parti français, dont nous avons signalé l'impuissance, n'était pas le seul qui se fût fait jour en Belgique après la révolution de Septembre. Les Flandres et la ville d'Anvers, regrettant les liens qui les avaient pendant quinze ans rattachées aux Hollandais, se montraient hostiles à l'influence française; elles gardaient la crainte d'une réunion de la Belgique à la France, si les éventualités d'une guerre alors imminente venaient à marquer l'heure que les réunionistes attendaient; et elles savaient bien que, cette réunion s'opérant, Bruges et Gand auraient moins bonne part que Liège, Mons et Namur dans les combinai-

sons politiques et douanières qui se feraient jour; les Anversois prétendaient aussi que le Havre serait favorisé au détriment de leur port; aussi tout ce qui venait de France était-il suspect à Anvers'et aux Flandres ! Lorsque, en 1 83 1 , les ducs d'Orléans et de Nemours parurent en Belgique au milieu de l'état-raajor du maréchal Gérard , les Belges opposés à toute réunion à la France — et ils étaient les plus nombreux, nous l'avons dit — déplorèrent la nécessité d'une assistance qui engageait la gratitude de la Belgique envers un pays avec lequel ils entendaient rester en bons rapports sans vouloir, en aucun cas. lui aliéner leur chère indépendance. Mais lorsque la fille du roi Louis- Philippe vint partager le trône du roi Léopold, toute appréhension disparut; la France n'avait pas donné de roi aux Belges; elle leur envoyait une reine; Louise d'Orléans allait s'asseoir sur ce même trône dont la prudence politique et le maintien de la paix européenne avaient écarté le duc de Nemours. Lorsqu'on écrira plus tard les annales du temps que nous rappelons ici, le mariage de Compiègne aura une importance extrême aux yeux de Thistorien dont les vues auront su s'élever à la grandeur des événements.

Les indicationssi décisives que nous venons d'esquisser, ctque la diplomatie puisait surtout dans l'ordre des faits politiques, s'alliaient aussi aux convenances personnelles du roi Léopold comme à celles du chef de la maison d'Orléans. La grandeur des races, les qualités éclatantes du futur époux de la princesse Louise, les grâces et les vertus dont le trône de Belgique allait bientôt se parer et s'enorgueillir, tout s'unissait pour rehausser la grande pensée qui avait présidé à cette union, pour l'entourer des plus flatteuses espérances. Le roi Léopold était personnellement connu du roi Louis-Philippe, et des sentiments de haute et mutuelle estime étaient déjà dans leurs cœurs le prélude de cet attachement, de ces sympathies si profondes que nous avons vus depuis régner entre eux.

Le général Sébastian!, ministre des affaires étrangères de France, et M. le comte Le Hon, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de Belgique, furent chargés de suivre les négociations officielles du mariage dont une initiative plus haute et plus auguste avait révélé, d'abord, la première pensée. M. le prince de Talleyrand ne fut pas non plus étranger aux premières ouvertures diplomatiques qui curent lieu ; sa grande expérience, l'éclat que reflétait son nom dans les chancelleries, la suprématie incontestée qu'il exerçait dans les Conférences de Londres, tout peut servir à faire comprendre qu'une aussi grave affaire avait du devenir de bonne heure l'objet de ses méditations etde ses démarches, qui toutes étaient d'un si grand poids.

L'habileté et le dévouement dont le comte Le Hon fit preuve dans ces circonstances méritent d'être mentionnés ici, et ce fut lui qui signa le contrat de mariage au nom du roi Léopold le 2o juillet 1832. Le 4 août, il quittait Paris, accompagné du comte Théodore Van der Stratcn-Ponlhoz, attaché à la légition, pour aller recevoir le Roi à la frontière belge où le duc deChoiseul, faisantfonctions d'ambassadeur du roi des Français, et le comte de Marmier, secrétaire d'ambassade, vinrent le complimenter. Le maréchal Gérard le reçut à Valenciennes dans la journée du 5, et il alla loger, le soir, au palais archiépiscopal de Cambrai.

De leur côté, le roi Louis-Philippe et la reine Marie-Amélie arrivaient à Compiègne le 3 août, accompagnés des ducs d'Orléans ot de Nemours, du prince de Joinville, du duc d'Aumalc et du jeune duc de Montpensier, des jeunes princesses et de M""' Adélaïde, des généraux Atthalin, Alexandre de Laborde, Heymès, de Rumigny, Berthois et de Chabot, de MM. Boyer, le baron Dumas, le comte J. de la Rochefoucauld, tous aides de camp du Roi; les comtesses de Bondy et de Sainte-Aldegonde, M"" de Chanterac et le comte Anatole de Montesquiou formaient

la suite de la Reine; les généraux Baudrand et Marbot, aides de camp, M. de Montguyon, officier d'ordonnance, et de Boismilon, secrétaire des commandements, accompagnaient le duc d'Orléans, prince royal; M""" la princesse Adélaïde, sœur du roi Louis-Philippe, était suivie des comtesses de Montjoie et de la Tour du Pin et du comte de Chastellux, chevalier d'honneur; M"" la duchesse de Massa, la comtesse d'Hulst, M*"' de Mallet, M'"'' Angelet et le comte de Canouville accompagnaient les jeunes princesses.

Le roi Léopold fît son entrée à Gompiègne le lendemain 6 août, à 5 heures du soir, dans une calèche découverte, ayant à ses côtés les ducs d'Orléans et de Nemours, le premier en uniforme de lieutenant-général, le second portant celui de colonel des lanciers rouges. Le duc de Ghoiseul, gouverneur du Louvre et aide camp du roi Louis-Philippe, suivait immédiatement la voiture du roi Léopold.

En arrivant à Gompiègne, comme sur les autres points qu'il avait traversés, le roi Léopold passa sous des arcs de triomphe où les drapeaux français et belges se trouvaient entremêlés, image heureuse de l'union dont le mariage qui allait s'accomplir serait le gage entre la France et le peuple belge. Des troupes étaient échelonnées sur le passage du Roi.

Les Belges de distinction qui devaient assister aux fêtes de Gompiègne avaient pris place dans les équipages de la cour de Bruxelles. On y remarquait le comte d'Arschot, sénateur et grand-maréchal du palais; le général marquis du Ghasteler, grand-écuyer; le général comte d"Hane de Steenhuyse et le colonel Prisse,aides de camp du Roi ; le comte Félix de Mérode, ministre d'i^]tat; le comte Le Hon, ministre plénipotentiaire de Belgique à Paris; M. Van de Weyer, ministre à Londres; le colonel Gurt; M. Jules Van Praet, chef du cabinet du Roi; le comte Van der Straten-Ponthoz, attaché de la légation belge à Paris; sir Henri Seaton et le docteur Lebeau.

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Nous abrégerons les détails de ce qui se passa à Compiègne avant la cérémonie dumariage. Dans la journée du 8, le roi Léopoid assista à une revue des troupes dont il admira la tenue et les belles manœuvres. Une promenade dans la foret, aux ruines de l'abbaye de Saint-Pierre et de celles de Saint-Jean au Bois, où on visita le tombeau de la mère de Pépin le Bref, réunit ensuite la famille de Louis-Philippe et le roi des Belges. Pendant cette excursion, le général Sébastiani, ministre des affaires étrangères, et le président delà chambre des pairs, M. Pasquier, arrivèrent de Paris.

Les maréchaux Soult, Gérard et comte Lobau, MM. Girod (de l'Ain), BartheelBéranger furent présentés au roi des Belges avecun grand nombre de pairs et de députés. M. Firmin Rogier, secrétaire de la légation belge et aujourd'hui ministre de Belgique à Paris, arriva ce soir-là au château.

Le jour du mariage était fixé au 9 août. La famille rovale se rendit après le dîner dans le cabinet du Roi où l'avaient précédée les personnes admises à la cérémonie. Louis-Philippe donnait la main à la princesse Louise; le roi des Belges conduisait la reine Marie-Amélie, les princes et les princesses venant après eux.

Une grande table recouverte d'un somptueux tapis de velours rouge se trouvait disposée au milieu du cabinet du Roi. Les places avaient été réglées ainsi qu'il suit : au haut bout de la table, le roi Léopold et la princesse Louise d'Orléans; la reine Marie-Amélie à la gauche du roi des Belges ; le roi Louis- Philippe à la droite de la princesse Louise. A la droite du roi des Français venaient le duc d'Orléans, en uniforme de lieutenant général, le duc de Nemours en colonel de lanciers, le prince de Joinville, en aspirant de marine, le duc d'Aumale, en uniforme de soldat du H^ léger, le duc de Montpensier, en artilleur de la garde nationale. Les princesses^Iarieet Clémentine et ^I*"' la princesse Adélaïde étaient placées en face des fils du roi.

Venaient ensuite M. le conile d'Arschot, sénateur et grandmaréchal du palais du roi des Belges; le comte Félix de Mérode, ministre d'Etat et membre de la chambre des représentants de Belgique, témoins du roi Léopold; ]\1M. le duc de Choiseul, le marquis de Barbé-^Marbois, le comte Portails et le duc de Bassano, pairs de France, et, en cette qualité, témoins de la princesse Louise.

Puis venaient le général Sébastiani,l3 comte Le Hon, le maréchal Gérard, MM.Bérangcr, DupinaînéetBeujaminDelessert, membres de la chambre des députés de France, témoins de la princesse Louise. Le garde des sceaux siégeait en face du général Sébastiani ; le baron Pasquier, chancelier de France, et le chevalier Cauchy, archiviste de la chambre des pairs, étaient présents. Le reste de l'assistance se composait des personnes de la cour du roi Louis-Philippe et du roi Léopold.

Le baron Pasquier s'étant levé donna lecture de l'acte de mariage et déclara ensuite unis devant la loi S. M. le roi des Belges et S. A. R. la princesse Louise d'Orléans. Le roi Léopold signa le premier, et l'acte reçut successivement le seing de la princesse Louise, du roi Louis-Philippe, de la reine Marie Amélie, des ducs d'Orléans et de Nemours, du prince de Joinville, des ducs d'Aumale et de Montpensier, des jeunes princesses et de M'"'' la princesse Adélaïde.

MM. les comtes d'Arschot et Félix de Mérode, témoins du roi des Belges, les pairs et députés, témoins de la princesse Louise, le comte Sébastiani, ministre des affaires étrangères, M. Barthe, garde des sceaux, le baron Pasquier, président de la chambre des pairs, le maréchal duc de Dalmatie, ministre de la guerre, le vice-amiral comte de Rigny, ministre de la marine, et M. Cauchy signèrent Tacte après la famille royale.

Cet honneur futaussi accordé à MM. les généraux Atthalin, comte de Rumigny, Heymès, Marbot, Baudrand, Alexandre de Laborde, à ALM. les cointes de Chabot, Jules de la Roche-

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