ADRESSE
DE LA COUR DE CASSATION AU ROI LÉOPOLD A l'oCCASION DE LA MORT DE LA
Sire,
Le pauvre, l'orphelin, tous ceux qui souffrent et qui ont besoin d'être consolés ou soulagés, pleurent en ce moment Celle qui fut pour eux une seconde providence. La nation tout entière pleure une jeune Princesse modèle de vertus, l'exemple des Reines et des mères, femme d'une sagesse, d'une douceur, d'une bonté si accomplies, que jamais elle ne fut pour personne le sujet ni d'un chagrin ni d'une plainte. Nous avons vu tout un peuple, agenouillé, jusqu'au dernier, demander au Ciel le salut de sa bonne Reine ; et, quand il apprend qu'elle lui est enlevée, l'accompagner de ses prières et mêler ses sanglots aux sanglots de son Roi, jusqu'à sa dernière demeure.
Il n'est point de paroles pour exprimer une telle douleur, si vraie, si naïve, si unanime, qui retentit à la fois sur tous les points du royaume, au milieu des gémissements et des regrets. Les Belges, si célèbres par leur attachement à leurs princes, ne pourraient citer un second exemple d'un tel deuil, depuis la grande Marie-Thérèse, son auguste bisaïeule, et depuis cette princesse Isabelle, si renommée aussi par sa piélé et son inépuisable charité.
Notre perle est grande, elle est immense ; mais le sentiment qui nous inspire est honorable pour la nation dont il met en relief les précieuses qualités, et il est d'un heureux augure pour notre avenir. C'est à la fois un hommage aux pures vertus de la Reine et au trône sur lequel elle était assise. Serrons-nous autour de ce Roi, fondateur et conservateur d'une monarchie qui fait de nos jours l'admiration de l'Europe, sous le sage gouvernement duquel la Belgique, libre et prospère, a échappé à la tourmente qui gronde sur ses voisins; serrons -nous autour du Roi et du père, auquel est réservée la haute et suprême mission d'enseigner à de jeunes princes l'art difficile du gouvernement; reportons aussi nés regards sur celte jeune princesse, maintenant privée de sa mère et destinée à la remplacer dans notre amour et dans l'amour des malheureux !
Le Ciel, qui a changé la couronne périssable de notre Reine contre une couronne immortelle, n'a point voulu nous la ravir tout entière. Elle veillera, du haut du Ciel, sur sa jeune famille, sur le peuple qu'elle aimait, sur Celui dont l'existence est si intimement lice à notre existence; Elle sera toujours l'ange gardien de la Belgique !
Daignez, Sire, agréer l'expression de tout notre dévouement et de notre
profond respect.
Le premier président de la cour de cassation,
Baron E.-C. dr Grrlache.