CHAPITRE I
témoins. Mais rien n'y manqua sous le rapport de la piété, et l'événement a montré que Dieu avait béni cette union. A la vérité, il n'en sortit qu'un enfant, mais cet enfant a été M. l'abbé de Gourson.
Il vint au monde le 28 octobre 1799, à Nantes, où sa famille, quoique domiciliée à Vallet, passait une partie considérable de l'année. Peu après qu'il fut né on eut des craintes pour sa vie , et le chirurgien qui avait fait l'accouchement l'ondoya sous les yeux de M"'" Thibault, sa grand'mère maternelle. Le même jour ou le lendemain on le porta à l'église. La mère aurait désiré qu'on le baptisât de nouveau ; le prêtre s'y refusa et se borna à suppléer les cérémonies , ce dont M""" de Gourson fut très contrariée. Son fils ne s'en est jamais inquiété par la suite, ne doutant pas que l'ondoiement n'eût été bien fait, et il n'a pas éprouvé le moindre doute sur la validité de son baptême. On lui donna le nom de Louis, que son grand- père paternel, qui fut son parrain, portait déjà.
L'enfance et la première adolescence de M. de Gourson se passèrent à Vallet. Il n'avait que quatre ans quand le 31 octobre 1803 il perdit sa vertueuse mère. Longtemps après, voulant consoler M. Richard, alors diacre au séminaire de Saint-Sulpice et aujourd'hui coadjuteur du cardinal -archevêque de Paris , sur la mort de sa mère, il lui disait : « Il y a quarante-deux ans que moi aussi j'ai perdu ma mère. Je n'étais pas en âge de comprendre cette perte. Ma mère, m'a-t-on dit, était bonne et pieuse. Je crois qu'elle a veillé sur moi du ciel, qu'elle m'a obtenu pardon et miséricorde, et ensuite une grâce de vocation. La vôtre, qui vous a tant servi sur la terre, achèvera son œuvre du haut
du ciel, et son premier soin auprès de Dieu va être de vous préparer au divin sacerdoce. »
La mort d'une mère est toujours pour ses enfants en bas âge la perte la plus difficile à réparer. Cependant M. de Gourson trouva comme une seconde mère, non seulement dans son aïeule maternelle, qui lui fut conservée jusqu'en 1824, mais encore dans M"° Thibault, sa tante, qui ne mourut qu'en 1838 et qui eut toujours pour lui l'affection et la sollicitude d'une très bonne mère. Aussi, quelle vive reconnaissance ne conservait -il pas des services qu'il en avait reçus I Écrivant en 1848 à une de ses parentes , qui remplissait aussi l'office de mère auprès de ses neveux, il lui disait pour l'encourager : « Vous serez fidèle à cette vocation, et cette fidélité sera une source de bénédictions pour vous et pour la famille. Mieux que personne je puis rendre témoignage de la valeur, de l'efficacité des sollicitudes d'une tante qui adopte ses neveux, car j'ai été élevé par une tante à qui, après Dieu, je suis redevable de ce qui fait ma consolation dans la vie présente et mon espérance pour l'éternité. Je sens encore, en traçant ces lignes, combien sont forts et étroits les liens de l'adoption , d'uneadoption généreuseet toute surnaturcUedans son motif et dans sa fin. »
De son côté, M. Olivier de Gourson ne négligeait pas la première éducation de son jeune fils , unique héritier de sa fortune et de son nom. Joignant à des sentiments profondément chrétiens une certaine austérité de caractère, il le plia de bonne heure à l'obéissance et l'accoutuma au joug de la discipline. Il lui apprit aussi , et ce ne fut pas un médiocre avantage