CHAPITRE I
En parcourant la généalogie de ses ancêtres , M. l'abbé de Goiirson devait y trouver des souvenirs encore plus chers à son cœur. Il y voyait que sa famille n'avait pas seulement donné à la France de vaillants et fidèles défenseurs ; il en était sorti depuis huit siècles plusieurs prêtres, qui avaient bien servi l'Église, et un grand nombre de religieuses , dont le cloître admira les vertus. Il en put connaître quelques-unes dans sa jeunesse; il vit en particulier deux sœurs de son père qui, en 1790, refusèrent sans hésiter la liberté de quitter leur couvent, et qui, quand la révolution les en chassa, continuèrent à vivre comme de ferventes religieuses dans le monde ^
reuse expédilion de Quiberon, il devait être fusillé avec son cousin Charlemagne-François de Courson de la Ville-Hélio, lieutenant de vaisseau comme lui : <i Recevez mes derniers adieux, mon père, et faites -moi le plaisir d'assurer ma sœur et mon frère de toute la tendresse que j'ai conservée pour eux jusqu'à mon dernier soupir. Adieu , je vous aime et je vous embrasse tous de tout mon cœur. Je me recommande à vos prières. Quand vous recevrez ma lettre, j'espère que je jouirai d'un bonheur parfait. 1)
1 Louise-Françoise de Courson, l'aînée des deux sœurs, s'était consacrée à Dieu parmi les Bénédictines de la célèbre abbaye de Notre-Dame-de-Ronceray, à Angers, et, comme les autres religieuses de celte noble maison, elle déclara, le 27 août 1790, aux envoyés de l'Assemblée nationale, qu'elle persistait dans sa première résolution; qu'elle voulait vivre et mourir dans l'état religieux. Sa sœur, qui habitait aussi Angers, où elle était religieuse de Sainte- Catherine, ne fut pas moins fldèlo à Dieu; elle avait déclaré aussi, le 26 avril 1790, qu'elle persistait à vouloir rester dans son monastère. Elle était âgée de trente -trois ans; sa sœur en avait trente -huit. Les procès -verbaux de ces déclarations se voient aux archives départementales de Maine-et- Loire.
Quand la révolution ferma tous les couvents et s'empara de leurs biens, ces deux dames no s'éloignèrent pas d'Angers, où,
M. Olivier- François de Courson, père de celui dont nous écrivons la vie, était, par son attachement à la foi , son respect pour la religion et sa charité envers les pauvres , digne de ses ancêtres , et en particulier, de ses vertueuses sœurs '. Dieu le bénit en lui faisant contracter une très heureuse alliance. Il épousa, le 19 juin 1797, demoiselle Jeanne-Marguerite Thibault de la Pinière, qui à de grandes vertus joignait une fortune considérable. « Sa famille , originaire de Tiffauge en Vendée, jouissait, dit M. l'abbé Cottineau, ancien curé de Vallet, d'une grande réputation de bienfaisance, d'honneur et d'attachement inviolable à ses principes religieux et monarchiques. »
Quoique le domicile de M"° Thibault fut à Vallet où elle demeurait avec sa mère et sa sœur, on n'y célébra pas son mariage; ce fut M. Guérin, curé de Mouzillon, qui, en vertu des pouvoirs extraordinaires dont il était muni, donna la bénédiction nuptiale aux deux époux. La cérémonie se fit sans solennité : un petit nombre de parents et d'amis en furent seuls
vers 1803, elles tentèrent, de concert avec d'autres anciennes religieuses, de former une communauté. Leur pieux dessein n'ayant pas réussi, elles se retirèrent comme pensionnaires dans Vllospice des renfermées, où. elles continuèrent à vivre très saintement.
^ Olivier- François de Gourson descendait des seigneurs de la Ville-Piraull, qui avaient leur sépulture dans un des caveaux de l'église paroissiale du Fœil, au diocèse de Saint-Brieuc. Ce caveau est désigné dans les anciens actes sous le nom d'enfeu de la Ville-Pirault. Là fut inhumée, en 1765, Olympe Geslin de Bringolo, dame de Courson, mère d'Olivier-François. Cependant, par suite de circonstances que nous ignorons, celui-ci, ainsi que son père, Louis de Courson, n'habitait pas le Fo:il, mais Chalelaudren , qui en est peu éloigné.