CHAPITRE XV
Le bon supérieur n'était jamais plus tendre, plus encourageant que lorsqu'il s'adressait à ceux de ses anciens élèves qui venaient de quitter l'école de droit ou celle de médecine pour entrer au séminaire de Saint-Sulpice. «Vous voilà au port, disait-il dans une de ces occasions, encore quelques agitations, suite nécessaire des précédentes secousses, et puis, peut-être quelques ennuis jusqu'à ce que vos racines aient pu s'étendre dans la nouvelle et excellente terre sur laquelle la main de Dieu vous place. Après cela , des peines, car la vie du chrétien n'est jamais sans peines, mais des peines que l'onction de la grâce adoucira, des peines que la foi vous fera aimer. Faites bien votre retraite, pénétrez-vous bien des grandes pensées de l'éternité. Voyez que vous quittez peu et que vous gagnez tout. Humiliez-vous, car vous retrouverez encore longtemps bien des faiblesses dans votre cœur. Vous verrez la vertu et vous vous trouverez loin d'elle. Humiliez -vous, mais il ne faudra pas vous effrayer de vos misères, ni vous étonner de les traîner après vous. »
11 disait à un autre, aujourd'hui religieux : « Vous voilà donc établi et je pense qu'il n'est plus désormais question d'embarras et de malaise. Vos habitudes sont formées, vous sentez que vous êtes dans la maison de Dieu, sous l'aile de la très sainte Vierge, et vous n'êtes plus occupé que de l'acquisition de l'esprit ecclésiastique, de votre avancement dans la vertu. Vous n'ignorez pas que votre plus grand travail doit être de combattre la légèreté et l'activité de votre esprit. Tout dépend des efforts que vous ferez pour vous vaincre sous ce rapport. Si vous triomphez de
VOS anciennes habitudes , la victoire est à vous ; vous serez dans l'Église de Dieu un prêtre vraiment utile, capable de concevoir et d'exécuter de grandes choses. Si vous vous ménagez, vous ne serez qu'un tout petit homme et une toute petite ressource. Soyez donc assez sage pour vous interdire la lecture des nouveautés et de tous les ouvrages qui ne seraient qu'un aliment à la curiosité et à la vanité. Vous êtes fort exposé à la tentation sur ce point. Peut-être vos goûts seront-ils autorisés par la conduite de quelquesuns de vos confrères ; résistez, croyez -moi, et vous verrez un jour que je vous ai bien conseillé. »
M. de Gourson, pendant son séminaire, avait, comme on l'a dit, trouvé de puissants encouragements dans la conversation de quelques amis selon Dieu. Aussi indiquait- il souvent à ses disciples de Saint- Sulpice ce moyen de sanctification. 11 voulait pareillement que ceux qui étaient timides et n'osaient prendre part aux conversations ordinaires, profitassent de ces relations plus intimes, pour surmonter leur embarras, acquérir une hardiesse convenable, se rendre capables de parler librement, sans contrainte et même avec cordialité , dans toute sorte d'occasions. « Vos intimes relations avec les deux messieurs que vous me nommez, écrivait- il à un jeune séminariste d'une excessive timidité, me font grand plaisir. Mettez beaucoup du vôtre dans ces relations, acquérez l'habitude d'une sainte amitié et d'un facile épanchement. Avec ces messieurs, vous n'avez pas à craindre que vos libres épanchements dégénèrent en enfantillage; ainsi lancez -vous hardiment. Vous n'avez pas oublié ce que je vous ai dit sur la nécessité