CHAPITRE XV
de développer votre cœur. Cette occasion est favorable, saisissez- la. » Il lui disait encore deux ans plus tard : « Rendez -vous donc aimable; vous ne l'êtes point pour d'autres que pour moi. Je ne sais à quoi cela tient. Je crois que c'est parce que vous ne montrez pas assez que vous avez un cœur : on le cherche et on ne sait où le prendre. On dit : C'est un bon homme, il est complaisant, il a de l'esprit; et on s'en va sans vous en vouloir, mais aussi sans vous aimer. »
M. de Courson revient souvent dans ses lettres sur l'étude de la théologie. « Demeurez persuadé, dit-il à un élève nouvellement entré, que plus vous avancerez dans l'étude de la théologie, plus elle vous sera agréable. Il n'y a point de science comme celle-là, parce qu'il n'y en a point dont l'objet soit plus excellent et dont l'utilité pratique soit plus grande. Tout ici tend à Dieu. Pour moi, je ne vois qu'une chose qui soit préférable à la théologie, c'est la contemplation de Dieu à laquelle nous sommes admis dans l'oraison, et surtout celle à laquelle nous serons admis dans le ciel : facie adfaciem. L'amour que Dieu vous fait ressentir pour la divine Écriture se rapporte aux deux sortes de théologie dont je viens de parler. Là vous trouverez matière à l'étude et à la contemplation, et sous ce double aspect elle contribuera à développer en vous l'âme d'un prêtre. »
M. de Courson appréciait aussi à leur juste valeur les avantages de la fonction de catéchiste; mais quoiqu'il fût bien aise de la voir confiée à quelques-uns de ses anciens élèves, il ne manquait jamais de les prémunir contre les occasions de dissipation et de négli-
gence pour l'étude que plusieurs trouvent dans cet emploi. « Vous voilà lancé dans les catéchismes, écrivait-il dans une circonstance; ce n'est point par votre choix; c'est ce qui me rassure. Toutefois, modérezvous et veillez à ce que ces prémices de votre ministère ne vous jettent pas dans des relations inutiles et un genre de dissipation dont votre ministère ultérieur souffrirait grandement. Vous n'êtes point chef de catéchisme, restez à votre place et laissez à celui qui vous précède les relations extérieures et tout ce qui a quelque éclat. Aimez vos enfants, priez pour eux, édifîez-les par vos paroles, votre modestie, votre charité : voilà votre tâche, et en la remplissant dans de bons termes, je ne vois pas que vous ayez beaucoup à perdre; au contraire, vous pourrez gagner, surtout du côté du cœur. » Il ajoutait dans une autre lettre : « Que les catéchismes soient une œuvre de zèle, que la nature ne s'y mêle pas trop, qu'ils n'entretiennent pas la dissipation, qu'ils n'empêchent pas d'étudier la théologie et de devenir prêtre , prêtre par l'esprit, par l'intime de l'esprit et du cœur. Que l'intérêt si juste, si naturel, si louable qu'inspirent ces pauvres enfants, n'empêche pas l'attention que l'on se doit à soi-même et les progrès dans la vertu que demande le sacerdoce. » C'est ainsi que M. de Courson avait toujours l'œil ouvert sur ses enfants; sa sollicitude les accompagnait partout, et aucun de leurs besoins n'échappait à la vigilance de son bon cœur.