‹ Vie de M. de CoursonChapitre 103 sur 336 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

RELATIONS DE M. DE COURSON AVEC CEUX DE SES ANCIENS ÉLÈVES QUI CHERCHAIENT ENCORE LEUR VOIE

Former de bons prêtres fut toujours, nous l'avons déjà fait observer, l'œuvre par excellence pour M. de Gourson, celle qu'il eut le plus à cœur, et à laquelle il se dévoua constamment. Cependant, à voir les soins qu'il prenait de ceux qui, parmi ses anciens élèves, ne se destinaient pas à l'état ecclésiastique", on aurait facilement pu croire que le bon supérieur éprouvait quelque chose de plus tendre pour ces derniers. Son cœur si compatissant pour tous semblait l'être d'une manière spéciale à l'égard de ces chers enfants que tant de dangers environnaient, pour qui la pratique de la vertu devenait si difficile et dont souvent personne que lui ne s'occupait d'une manière spéciale. De là tant de lettres qu'il leur écrit, tant d'exhortations, d'encouragements; de là ce ton particulier de paternelle bonté avec lequel il leur parle toujours, cette franche expression des espérances et des craintes qu'il éprouvait, ces tendres reproches que lui arrache plus d'une, fois le désir qu'il a d'en

faire des chrétiens irréprochables et des citoyens utiles à leur pays. En parcourant cette partie de la correspondance de M. de Courson , on est saisi d'admiration et de respect devant tant de charité , de douceur, de patience, de condescendance. On sent que toutes ces lettres sont sorties de son cœur et on s'écrie volontiers avec un de ses disciples : Cor ejus , sicut cor Pauli, erat cor Chrisii^.

Avant tout, M. de Courson combattait fortement, dans ses anciens élèves, Tamour du repos et d'une vie inoccupée; il ne redoutait guère moins ce défaut malheureux qui conduit tant déjeunes gens au désœuvrement et à l'inutilité, que l'ambition des honneurs et le désir immodéré des richesses. « Cher enfant, écrivait-il à un jeune homme de famille, qui se déterminait avec peine à quitter son château pour aller suivre les cours de l'école de droit à Paris, vous vous délectez dans votre petite et innocente vie de campagnard : vous êtes bien là entre votre excellent père, votre bonne sœur et votre cher frère. La douceur du présent, les rêves de l'avenir vous caressent et vous charment. Allons, allons, à dix-huit ans un jeune homme a autre chose à faire que de s'endormir dans l'oisiveté; votre tâche n'est pas accomplie; ce n'est pas en vain que la Providence vous a donné les moyens de vous rendre utile, qu'elle vous a affermi dans les bons principes et qu'elle vous a mis au cœur tant de généreux sentiments. Il faut que tout cela fructifie, il faut affronter les difficultés, se raidir contre les dangers , enfin il faut lutter et vaincre.

1 Son cœur, comme celui de Paul , était le cœur même de Jésus- Christ.

Page 1