CHAPITRE XVI
« Vous voyez, ajoutait le bon supérieur, que je combats votre passion dominante , ce besoin du repos, cette appréhension des embarras et des ennuis de la vie dont vous m'avez si souvent entretenu. Je n'aimerais assurément pas vous voir en proie aux agitations de l'ambition ou à cet entraînement excessif d'activité qui consume notre jeunesse, mais aussi je serais désolé de vous savoir enseveli dans une coupable et honteuse inutilité. Vous n'êtes pas de meilleure condition que vos frères ; il faut que tous ensemble nous travaillions à acquitter notre dette envers Dieu et envers la société , qui est de lui. Je suis bien aise que vous redoutiez les dangers de Paris, mais je veux que vos craintes soient sans pusillanimité. Ne vous engagez jamais témérairement dans des dangers que vous devez éviter, mais, quand le danger est inséparable d'un devoir que vous avez à remplir, marchez hardiment, en vous défiant de vous-même et en levant vos yeux au ciel, d'où vous viendra un secours certain et victorieux. »
Non seulement M. de Courson ne croyait pas que les dangers rencontrés à Paris par les jeunes gens qui viennent y suivre les cours publics , fussent pour eux un motif de se condamner à une vie inutile, il pensait, ce qui surprendra peut-être quelques lecteurs, que le séjour de la capitale était moins à craindre que celui des villes de province où l'on pouvait étudier la médecine et le droit. C'est dans ce sens qu'il répondait à une dame qui, après lui avoir confié pendant deux ans son neveu , jeune homme orphelin dès l'enfance et unique héritier d'une belle fortune, le consultait sur la carrière qu'il convenait de lui faire
embrasser. Après avoir montré que Tétude du droit était aujourd'hui la condition indispensablement requise pour remplir le plus grand nombre des fonctions publiques, il ajoutait : « Pour le lieu où il est préférable de suivre les cours de droit, il me paraît incontestable que les jeunes gens bien intentionnés sont moins exposés à Paris que dans les villes de province. J'ai acquis cette conviction par l'expérience et la suite d'observations que j'ai été à même de faire, depuis que j'ai consacré ma vie à cette chère et intéressante jeunesse. Je pense comme vous, Madame, que l'oisiveté et la vie inutile des jeunes gens de X...» seraient le plus dangereux de tous les écueils pour votre neveu. Je ne sais si je m'abuse, mais j'ai l'intime persuasion que la grossière corruption de la capitale, loin de lui nuire, n'aura d'autre effet que de l'attacher de plus en plus à la religion et à la vertu. »
En poussant ainsi ses anciens élèves vers des carrières qui les obligeaient à faire un assez long séjour dans la capitale, M. de Courson ne manquait pas de leur indiquer les moyens de se soutenir dans la vertu et de se préserver des dangers sans nombre que Paris offre toujours à la jeunesse des écoles. Non content de leur tracer un règlement qui faisait une assez large part à la prière et à la fréquentation des sacrements, il leur indiquait des prêtres zélés qui entendraient leurs confessions et auprès desquels ils pourraient chercher lumière, force, consolation chaque fois qu'ils en sentiraient le besoin. A quelques-uns il conseilla de voir le père Humphry, qui se livrait
1 II nommait une ville de province.