CHAPITRE XVI i
alors avec beaucoup de zèle à ce ministère spécial ; il en'envoya d'autres au R. P. Boulanger, très digne religieux de la compagnie de Jésus , comme le P. Humphry. Deux ou trois furent adressés à M. Merci,que M. de Courson avait connu directeur à Issy et qui alors était curé de Saint-Roch. . -
Avec les conseils et les exhortations d'un sage et zélé directeur, M. de Courson voulait que ses chers enfants eussent à Paris les exemples et les encouragements de quelques pieux amis. A cet effet , il les mettait en rapport avec de fervents élèves du séminaire de Saint- Sulpice, qu'ils allaient voir de temps en temps; il les pressait aussi de se voir beaucoup entre eux et de se venir mutuellement en aide dans leurs besoins spirituels. « Voyez souvent notre cher Alphonse, disait-il à un jeune étudiant en droit, vous pouvez lui être utile ; soyez très complaisant pour lui et surtout surmontez votre timidité pour lui dire à' propos ce que la véritable amitié vous suggérerai. Faites aussi quelquefois le pèlerinage du séminaire de Saint-Sulpice : vous avez là de bons compatriotes', et vous trouverez dans cette maison, même au parloir, un parfum de paix et de ferveur. »
A ces divers moyens de soutenir ses anciens élèves au milieu des dangers de Paris, M. de Courson ne manquait pas de joindre le secours de ses bonnes lettres. Il était bien convenu avec eux, avant leur départ, qu'ils lui écriraient et lui écriraient souvent. « Les lettres, leur disait- il amicalement, sont le remède de l'absence, faites donc violence à votre paresse pour m'écrire, j'ai besoin, vrai besoin de recevoir de vos nouvelles. »
Malgré ses occupations de jour en jour plus nombreuses, le bon supérieur répondait exactement à toutes ces lettres. Quelquefois, il est vrai, sa réponse était un peu tardive, mais cela arrivait rarement , et jamais quand le retard pouvait avoir des inconvénients. « Vous êtes méchant, disait-il dans une circonstance ; votre lettre s'est bien fait attendre. Vous vous vengez cruellement d'une négligence que vous deviez excuser. Cher ami, est-ce que vous me croyez capable d'indifférence et d'oubli? J'ai moins différé dans ma correspondance avec quelques-uns de nos amis, parce que j'étais déterminé par des circonstances qui me paraissaient pressantes, tandis que je vous voyais en bon train sous la main de Dieu. Car, quoi que vous en disiez dans vos moments de désolation, vous clés l'enfant gâté du bon Dieu. Assurément je ne veux pas que vous voliez de vos propres ailes, et, puisque vous avez confiance en moi, je serai toujours, toujours là pour vous aider et vous encourager. »
Suivent ensuite les conseils les plus sages et les exhortations les plus paternelles. « Écoutez, lui dit-il, voilà mon plan pour cette année. Il faut que vous vous livriez tout entier et très sérieusement à l'étude du droit, en dépit de votre paresse et de votre imagination. Je ne vous permets quelques autres études que par forme de délassement. Décidément, vous devez devenir un homme, et vous ne le serez qu'autant que vous vous livrerez à une étude grave et positive. Éludiez donc à fond, procurez-vous des livres de droit, faites avec la plume quelques travaux sur ces livres ; vous êtes en état de le faire utilement. Allons, du courage;