CHAPITRE XVI
Remarquons, en terminant, que Dieu a béni d'une manière frappante ce ministère de zèle auquel M. de Gourson ne cessa jamais de se livrer. Non seulement, par ces relations pleines de cordialité, il a contribué à maintenir un grand nombre de jeunes gens dans la pratique de la vertu , ses sages conseils en ont même aidé plusieurs à se détacher du monde et à se consacrer au service de l'Église, soit dans le clergé séculier, soit dans quelque communauté régulière. Quelques-uns avaient étudié le droit, d'autres la médecine. Un d'entre eux avait môme pratiqué cet art, sans cesser d'être fidèle à l'heure d'oraison que M. de Gourson lui avait conseillé de faire chaque jour. Dieu ne tarda pas à le juger digne de travailler à la guérison des âmes ; il entra dans la compagnie de Jésus, et, en partant pour la mission lointaine assignée à son zèle, il écrivit au supérieur actuel du séminaire de Nantes, pour lui exprimer la reconnaissance dont il demeurait pénétré envers M. de Gourson et envers la maison où il avait eu le bonheur de recevoir ses sages conseils *.
1 Parmi les élèves de M. de Gourson qui abandonnèrent le monde pour se consacrer au service des autels, nous croyons devoir mentionner le R. P. Hyacinthe de Valroger, mort il y a quelques années à l'Oratoire. Ce modeste et savant religieux avait cherché longtemps sa voie lorsque, le il août 1834, M. de Courson, à qui il s'était adressé pour la connaître, le fixa tout à fait par la lettre suivante : « Oui, mon cher enfant, je crois que vous êtes appelé à l'état ecclésiastique; je l'ai toujours cru. C'est pour cela que je vous ai détourné des positions aventureuses vers lesquelles votre imagination vous entraînait quand vous étiez près de moi. Dieu n'a pas permis que vous vous jetassiez dans la carrière des armes ou de la marine, parce que les risques que vous y auriez courus auraient peut-être été au-dessus de vos forces.
C'était toujours une grande consolation pour le bon et zélé supérieur que ces vocations qui, quoique tardives , donnaient ordinairement d'excellents ouvriers à la vigne du Seigneur. Il en était d'autant plus heureux que, le germe s'en étant développé dans le séminaire de philosophie et par ses soins, il les regardait comme devant suppléer auprès de Dieu à ce que, dans son humilité, il appelait le vide de sa vie sacerdotale. «Je me repose quelquefois, disait-il en une occasion, dans cette espérance que Dieu me pardonnera mes péchés et ma stérilité, en m'attribuant une partie du bien que font ou feront les prêtres sortis de notre maisonnette. »
Il vous a soumis à une épreuve plus douce mais pourtant efficace. II n'y a plus à différer, il faut que vous preniez votre parti avec générosité et dévouement. Bientôt vous serez à l'abri de l'inquiétude et du malaise, parce que vous serez décidément à votre place. Ne regardez plus en arrière et ne vous laissez pas effrayer par les fantômes que vous vous créez sur les difficultés et les peines de la vie de séminaire. Vous serez heureux au séminaire, et ne le fussiez-vous pas, celte pensée ne devrait pas vous arrêter. Il est nécessaire qu'il y ait quelque sacrifice à faire dans un acte de dévouement. Je serais content que dès le premier pas vous vous immolassiez tout entier. » Au mois d'octobre suivant, M. de Valroger entrait au séminaire de Saint -Sulpice.