‹ Vie de M. de CoursonChapitre 110 sur 336 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

n'éprouvaient aucune peine à l'avouer au bon supérieur qui se hâtait de leur tendre la main. Encourager et consoler fut toujours ce que M. de Courson aima le plus à faire, et il y réussissait admirablement. « Ne vous désolez pas, ne vous découragez pas, mon cher ami, au milieu de vos faiblesses, disait-il dans une occasion, remettez une fois encore la main à l'œuvre. La nature, vous le voyez, est difficile à surmonter; elle nous domine et nous entraîne ; nous ne trouvons en nous ni force ni constance. Ah ! que l'expérience nous démontre bien que nous n'avons d'espoir qu'en Dieu , dans sa miséricorde et dans sa grâce ! Supportez-vous humblement, mais en vous supportant, évitez de tomber dans la molle tolérance de vos défauts ; n'admettez jamais qu'ils soient insurmontables ; soyez toujours fidèle à vous les reprocher. »

« Le cri de votre âme , écrivait-il à un autre , a retenti dans la mienne , qui en est toute pénétrée. De grâce, soyez fidèle aux dons de Dieu ; vous les appréciez, sachez y correspondre. Dieu^a sur vous de grands desseins de miséricorde; ayez confiance, ne vous troublez jamais. Vos découragements sont un danger pour votre âme ; ils viennent d'un fond d'orgueil dont vous ne vous êtes pas encore rendu compte. Que peut-il sortir de ce fond ? »

M. de Courson recommandait surtout la confiance à ceux de ses élèves qui , par amour pour Dieu , s'engageaient dans quelque œuvre de charité. Ozanam disait en faisant ccftinaître le but des conférences de Saint-Vincent-de-Paul : « Nous avons voulu mettre notre chasteté sous la garde de la charité. » Le bon supérieur ne pensait pas autrement lorsque , pour

encourager un de ses disciples à entrer dans ces admirables conférences, il lui disait : « Je ne suis point effrayé des inconvénients et des dangers que vous me signalez. Un exercice de charité qui ne sort pas des termes de la discrétion, attire un secours de Dieu qui préserve des dangers qui peuvent se présenter par accident. Si donc madame votre mère l'approuve, je vous verrais avec grand plaisir entrer dans la société de Saint-Vincent-de-Paul. »

Il n'exigeait pas de tous cependant cette participation aux associations de charité, mais il ne dispensait personne d'un bon emploi de ses journées. Écoutens-le reprendre un excellent jeune homme qui lui avait fait l'aveu de quelques pertes de temps. « Cher ami, lui disait-il, votre lettre m'a été de bonnes étrennes. Ce n'est pas que tout ce que vous m'écrivez soit de nature à me contenter, mais vous me dites si cordialement ce qui est affligeant que vous me désarmez. Je ne veux pas cependant me laisser séduire par mon cœur ou par le vôtre; je dois et je veux vous gronder. Votre enfantillage est pitoyable. Si j'avais été là quand vous perdiez votre temps à tendre des pièges aux oiseaux , je vous aurais crié comme Notre- Seigneur à saint Pierre : Veni post me; ex hoc jam homines eris capiens. Belle occupation pour vous, mon ami, pour vous bachelier es lettres, bachelier es sciences, bachelier en droit; pour vous, jeune chrétien de vingt ans, dans le cœur duquel est tombée l'élincelle de la divine charité! Y songez -vous, et votre vie s'écoulera-t-elle dans de tels jeux? D'ici je vous somme de vous assujettir à la règle que vous vous êtes tracée : ce sera voire ancre de saint. »

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