CHAPITRE XVII
Tout en désirant que ses anciens élèves remplissent utilement et chrétiennement leurs journées, M. de Courson les détournait soigneusement de certains emplois où il craignait qu'ils ne pussent conserver intacts les sentiments d'intégrité qu'ils avaient puisés auprès de lui. «Je vous félicite du parti que vous avez pris, disait-il à un jeune avocat qui par délicatesse venait de refuser une place avantageuse; vous serez moins riche, mais aussi vous serez moins exposé à vous salir les mains dans ces complications d'intérêts que suscite la cupidité. » Il répondait à un autre de ses élèves qui lui avait fait part des inquiétudes que lui donnait la place qu'il occupait : « Triste chose que les discussions, mais chose inévitable dans la mêlée de la vie, surtout dans ce qu'on appelle les affaires! Il faut être calme, droit, sincère, et on est tout cela quand on regarde Dieu. Vous n'êtes pas au bout de vos peines, vous en rencontrerez bien d'autres. Fasse le Ciel qu'au milieu des exemples que vous recevez, des insinuations, des obsessions, des influences de toute espèce, vous conserviez intègre ce parfum d'honnêteté et de délicatesse de conscience et d'honneur que j'ai toujours reconnu en vous! Vous y rencontrerez bien des difficultés. »
Mais c'était particulièrement à l'époque de leur mariage que les anciens élèves de M. de Courson éprouvaient combien ce bon supérieur les aimait. Rien de plus paternel et de plus tendre que les lettres qu'il leur adressait à ce sujet; mais en même temps rien de plus élevé, de plus chrétien que les considérations que son grand esprit de foi lui inspirait et qu'il ne manquait pas de leur présenter dans ces
graves circonstances. « Vous ne doutez pas, mon très cher ami, disait-il dans une occasion, de la part bien vive que je prends à votre grande affaire. Vous aurez l'intention de ma messe le jour de l'Exaltation de la sainte Croix. Cette fête porte bonheur; la croix est dans le mariage autant et peut-être plus qu'ailleurs, et c'est pour cela même que le mariage est bon ; c'est ce qui me le faisait désirer pour vous. Il était dans l'intérêt de votre salut que vous missiez un terme à cette vie trop peu sérieuse que vous avez menée depuis votre enfance, et, pour la plupart des hommes, la vie ne devient sérieuse que par les sollicitudes, et elle ne devient sainte que par les sollicitudes qui se rattachent aux devoirs. »
M. de Courson aimait surtout à faire envisager à ses disciples, dans la conclusion de leur mariage, la main de la divine Providence qui conduit tous les événements de la vie avec amour et suavité. « Le choix que vous avez fait, disait- il dans la même occasion, me rassure surtout parce que je suis persuadé que la tendre Providence, qui veille si admirablement sur vous, qui par la main de la très sainte Vierge vous a comblé de bénédictions, ne vous délaissera pas dans cette circonstance principale et unique. Courage donc, avancez, mais que ce soit en vrai chrétien, en envisageant la nouvelle position de l'œil de la foi et en prenant tous les moyens de profiter des grâces précieuses attachées au sacrement. Recueillez -vous chaque matin au pied de l'autel de Marie. »
Et quand, par la naissance d'un premier enfant, le Ciel avait béni ces unions, personne n'était plus cm-