CHAPITRE XVII 20S
prie, de me devenir importun, je serai toujours heureux de vous rendre quelque service quand J[a Providence m'en donnera les moyens. La tendre affection qui me lie à vos chers enfants est de nature à ne pas s'affaiblir ou s'effacer. Je partagerai toutes vos peines et toutes vos joies, puisque leur unique objet est le salut et le bonheur de ces enfants qui m'appartiennent un peu par les relations que Dieu a établies entre nous. »
Ce cordial intérêt que le bon supérieur portait à la famille de ses élèves faisait qu'il s'en entretenait volontiers avec eux pendant qu'ils étaient près de lui ; plus tard, lorsque la Providence les avait éloignés , il aimait à leur en parler dans ses lettres et il le faisait toujours en des termes qui venaient du cœur. Souvent il profitait de la connaissance qu'ils lui avaient donnée eux-mêmes des sentiments religieux d'un père, de la grande vertu d'une mère, do l'angélique piété d'une sœur, pour les exciter par le souvenir de ces exemples à être bons chrétiens ou fervents séminaristes. .
Dans ses voyages il était heureux de trouver l'occasion de visiter quelques membres de la famille de ses chers enfants, et il ne regrettait jamais le temps que ces visites lui demandaient : « Je suis allé rendre mes devoirs à vos saintes tantes, religieuses à Paris, disait-il en 1840 à un jeune étudiant en droit. Qu'elles m'ont fait de bien ! comme elles étaient heureuses en me parlant de vous et de votre frère î J'allais me retirer , mais la pieuse marraine , vraie mère spirituelle, a voulu me parler en particulier de ce cher filleul et me dire ses alarmes et ses espérances; j'ai
20b VIE DE M. DE COURSON
calmé les alarmes, affermi les espérances, et j'ai promis de revenir avant mon départ. »
Dans ses relations avec les parents de ses élèves, M. de Gourson eut assez souvent à combattre des préjugés et des erreurs, à ramener des esprits mal disposés à l'égard du clergé ; rarement on se retirait sans avoir subi l'ascendant qu'il prenait comme naturellement sur tous ceux qui l'approchaient. L'honnêteté et la franchise de ses procédés, la douceur de ses paroles, la cordialité de ses manières, gagnaient d'abord le cœur et mettaient dans une sorte d'impossibilité de lui rien refuser. Jamais il ne contestait, mais, après avoir exposé modestement les choses, il attendait de Dieu seul le succès qu'il avait en vue.
Il n'était pas rare que ceux de ses élèves qui éprouvaient des oppositions à leurs bons desseins de la part d'un père ou d'une mère, eussent recours à sa médiation pour en triompher. C'est ce que fît en particulier un jeune homme que son père, après un an de philosophie, voulait placer chez un notaire et retenir pour toujours dans le monde. Il le conduisit à M. de Courson, qui n'eut aucune peine à le faire revenir de sa détermination. Non seulement le jeune élève put rentrer en philosophie, mais il obtint peu de temps après la permission de prendre la soutane.
Le bon supérieur disait dans son humilité que consoler ses confrères et ses amis était la seule chose qu'il savait faire. Il y excellait, en effet, et nous savons que les consolations qui partaient de son cœur ému et profondément touché, allaient toujours au