CHAPITRE XVII
cœur de ceux à qui elles s'adressaient. Lorsqu'il avait la douleur de perdre quelqu'un de ses élèves, une de ses premières pensées , au milieu des peines et des douleurs qu'il ressentait lui-même, était pour les parents que cette mort allait plonger dans la désolation. S'il ne leur écrivait pas toujours directement pour les consoler, il ne manquait jamais d'adresser au curé de la paroisse une lettre qui leur était en partie destinée et dans laquelle il donnait tous les détails capables d'adoucir leur chagrin. Celle qu'il écrivit de Lyon au vénérable curé de Basse-Goulaine, à l'occasion de la mort de M. Paulin Arondineau, était particulièrement touchante. « Je suis allé prier sur sa tombe, disait- il en terminant, et celle prière que j'ai faite au nom de ses bons parents et au mien m'a beaucoup consolé. Pauvres parents ! Dieu ne les épargne pas, mais sa grâce les fortifiera. Ils retrouveront au ciel des fils chéris qui vivent toujours pour eux; la séparation ne sera pas longue. Que cette espérance adoucisse leurs peines, calme leurs douleurs. C'est là que je puise moi-même mes consolations, car M. Arondineau était pour moi plus qu'un ami. Si j'étais à Nantes, j'irais voir ces bons parents, je pleurerais avec eux. Vous êtes leur ami et leur pasteur, vous leur serez d'un grand secours. »
Une lettre si cordiale apporta un grand adoucissement à la douleur du père et de la mère de M. Arondineau; elle ne toucha pas moins le respectable curé de Basse-Goulaine, qui ne put s'empêcher d'appliquer au bon supérieur, en cette occasion, ce que les Juifs disaient de Notre-Seigneur pleurant sur le tombeau de Lazare : Vovez comme il l'aimait !
Trois ou quatre ans plus tard , M. de Courson s'adressait encore au même ecclésiastique, pour le prier de consoler le père et la mère d'un jeune diacre de sa paroisse, qui venait de mourir très saintement au séminaire de Saint-Sulpice : «Vous serez, monsieur le curé, lui disait-il, l'ange consolateur de cette bonne et vertueuse famille, et c'est pour vous en donner la facilité, en même temps que pour votre propre consolation, que je vous ai donné les détails qui précèdent sur la maladie et la mort de ce pieux enfant. Que ses bons parents pleurent leur cher fils, mais qu'ils se souviennent qu'ils ont un protecteur dans le ciel. Vous étiez aussi, vous, monsieur le curé, le père de M. Bauquin, et je juge par ce que je ressens de ce que vous devez ressentir. Dieu veut rouvrir la plaie qu'avait faite à nos cœurs la mort des deux chers Arondineau. Livrons -nous de plus en plus à sa volonté et allons rejoindre ces chers enfants qui nous ont devancés au ciel et qui nous y attendent. »
Le bon supérieur ne fut pas moins bien inspiré par son cœur, en faisant adresser quelques consolations à la veuve de l'un de ses anciens élèves qui , se souvenant de ce que son mari lui avait dit de la grande charité de M. de Courson, désira qu'on l'instruisît du malheur qui venait de la frapper, elle et ses trois enfants : « Dites à cette pauvre veuve, répondit- il aussitôt, la part que je prends à sa peine ; dites-lui que hier j'ai offert le saint sacrifice pour son Emile; dites-lui que je la remercie d'avoir eu un souvenir de moi dans son amère douleur. Et ces trois petits anges, qui n'ont plus de père sur la terre, que je voudrais les embrasser ! Dieu se ressouviendra de leur père et