CHAPITRE XVIII
sitôt, dit un ancien curé de Vallet, ne prenant conseil que de son grand cœur et de son amour du devoir, sans même quitter le costume ecclésiastique, il part accompagné d'un domestique, bien décidé à braver tous les obstacles pour pénétrer dans la ville. Vainement je lui fis observer que sa tentative très hasardeuse offrait les plus grands dangers. Il me répondit que puisque le danger était grand sa place était auprès de son évêque et au milieu de ses confrères. »
Quelques semaines plus tard, M. de Gourson se rendit à Paris. Peut-être voulait-il consulter ses supérieurs sur la marche à tenir dans les circonstances difficiles que l'on traversait, du moins il désirait retremper son âme dans une bonne retraite faite à Issy, près de Notre-Dame de Lorette et sous la direction de M. MoUevaut. Il passa la seconde moitié du mois d'août auprès de ce saint directeur, qui fut d'autant plus enchanté de le voir que très peu de confrères avaient osé aborder Paris, depuis les funestes journées de juillet. « La venue de M. de Gourson, disaitil le 4 septembre, m'a causé une joie et une consolation que je ne puis vous exprimer; elle est d'autant plus vive que je serai privé cette année de la visite de chers confrères, que je désirais voir pour nous animer réciproquement à tenir ferme, pleins de confiance en la bonté de Dieu. »
M. de Gourson n'eut pas de peine à entrer dans les généreux sentiments de M. Mollevaut; il revint à Nantes avec confiance et courage, bien disposé à continuer l'œuvre que la Providence lui avait confiée, tant qu'on ne l'obligerait pas à fermer sa maison. Quelques diocèses avaient déjà subi de pareilles ri-
gueurs. Les grands séminaires de Nancy et de Metz, ceux de Meaux et de Perpignan, ou ne s'étaient pas ouverts en 1830, ou furent immédiatement fermés. Grand nombre de petits séminaires eurent le même sort. Mais rien de semblable n'eut lieu en Bretagne , et les séminaires de Nantes, en particulier, s'ouvrirent à l'ordinaire ; on put même achever l'année sans interrompre les exercices. Toutefois, ce ne fut pas sans éprouver de vives et fréquentes appréhensions , chaque jour apportant la nouvelle de quelque tentative faite par les méchants contre la religion, ses temples et ses ministres. Ce furent d'abord les sacrilèges dévastations commises à Paris au mois de février et qui eurent un triste retentissement dans les provinces ; vinrent ensuite les tracasseries faites par l'autorité militaire au petit séminaire de Beaupréau ; puis les perquisitions exécutées sans motif dans le couvent des Trappistes de Melleray, et enfin la dispersion brutale à laquelle plusieurs de ces saints religieux furent condamnés. Cette dispersion des Trappistes qui, à Nantes et dans les environs, plongea tous les cœurs honnêtes dans une affliction très sensible, fut particulièrement pénible à M. de Courson ; car depuis longtemps, comme on l'a vu, il était en communion de prières et de bonnes œuvres avec ces religieux, les estimait et les aimait beaucoup et regardait leur couvent comme très utile au diocèse. Aussi fut- il des plus empressés à les accueillir et à leur procurer les secours dont ils avaient besoin '.
1 La nouvelle des profanations commises dans les églises et des violences exercées contre les séminaires et plusieurs maisons ecclésiastiques, à Paris, pendant les journées des 14, 15 et 16 fé-