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CHAPITRE XVIII

La rentrée de 1831 s'effectua sous l'impression de ces pénibles inquiétudes; mais on était bien loin de prévoir les orages que cette nouvelle année préparait aux séminaires de Nantes. Le mouvement royaliste, dont l'ouest de la France fut le théâtre, en devint l'occasion ou du moins leur servit de prétexte.

La duchesse de Berri , désireuse de se mettre à la tête de l'insurrection , venait de pénétrer en France , et , trompant la vigilance de ceux qui étaient à sa recherche, elle se dirigeait vers la Bretagne. Déjà on s'occupait de former clandestinement à Nantes, sous le nom de compagnie d'honneur de Madame, un corps d'élite, composé de trois ou quatre cents jeunes gens courageux, intelligents et dévoués. Il ne devait pas être difficile de trouver un tel contingent dans un pays où les traditions royalistes se conservaient religieusement dans les familles, se transmettaient par l'éducation du foyer domestique et pour ainsi dire avec le sang. Plus ces respectables familles étaient

vrier 1831 , fut cause que les séminaristes d'Angers se dispersèrent et que les élèves du grand et du petit séminaire d'Angoulême furent assaillis par une multitude furieuse, qui les obligea de se sauver en escaladant les murs. Vers le même temps une ordonnance royale mit les bâtiments du petit séminaire de Beaupréau à la disposition de l'autorité militaire. Quant à l'abbaye de Melleray, qui renfermait un grand nombre de religieux venus de la Grande-Bretagne avec le R. P. Antoine, elle fut soumise, dans le courant de février 1831 , à une rigoureuse perquisition qui ne fit absolument rien découvrir de ce que l'on cherchait. Cependant, le 28 septembre suivant, un nombreux détachement de troupes s'y porta de Nantes et somma les religieux, étrangers d'origine, de se disperser. Vainement le P. Antoine, abbé et propriétaire du monastère, déposa-t-il sa réclamation; la plupart des religieux furent obligés de quitter leur maison et de recourir à la charité pour se loger.

attachées à la foi et moins elles se croyaient permis de déserter la cause royaliste. Gela explique comment plusieurs élèves du petit séminaire ne firent pas difficulté de s'engager dans le corps d'élite dont nous parlons ; le grand séminaire lui-même fournit quelques noms; quant à la maison de philosophie, qui comptait beaucoup de laïques appartenant pour la plupart à des familles très prononcées pour la cause de la duchesse, il y eut jusqu'à trente engagements. Mais chacun devait rester où il était et se tenir prêt à partir au premier mot d'ordre.

En attendant ce signal, les engagés du séminaire de philosophie reçurent des bandes, de la charpie et les autres choses nécessaires pour un premier pansement. On se figure sans peine la surexcitation qu'un pareil dessein devait produire dans une communauté de séminaristes. M. de Courson n'ignorait pas ce qui se passait; il était au courant de tout, mais ne pouvant approuver l'entreprise et ne se sentant pas en état de l'empêcher, au moins directement, il prit le parti de laisser croire qu'il n'en était pas instruit, aimant mieux être soupçonné de manquer de vigilance que de faire une tentative inutile. Les jeunes gens auxquels il avait affaire auraient, en effet, plutôt franchi les murs du séminaire que de ne pas se trouver au rendez-vous qu'on leur aurait assigné. «J'ai beaucoup admiré depuis, dit un de ceux qui prirent part à l'insurrection, la sagesse que M. le supérieur fit paraître dans cette occasion. Bien certainement s'il nous eût fait des reproches, c'eût été en pure perte : nous étions tellement convaincus que c'était pour nous un devoir de nous occuper de poli-

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