CHAPITRE XVIII
tique qu'aucune puissance ne nous eût fait changer d'idée. Comme le disait plus tard M. de Courson, c'était un orage qu'il fallait laisser passer, une crise dont il fallait attendre la fin. Il savait, du reste, que les choses essentielles n'en souffraient pas. Laïques et ecclésiastiques, nous étions tous pieux et très attachés à la règle; je n'aurais pas voulu manger dans ma chambre le moindre bonbon. »
Cependant on se battait déjà sur quelques points, et le signal du départ était attendu de jour en jour par les jeunes engagés de Nantes. Ceux de philosophie furent trois nuits sans ôter leurs habits ; mais celte précaution fut vaine. Le coup était mal concerté les ordres et contre-ordres se succédaient avec une rapidité désolante. D'autre part la police était sur pied et surveillait particulièrement la maison de philosophie. Dans cet état de choses, M. de Courson, que tous ces jeunes gens respectaient et aimaient comme un père, conseilla à plusieurs de rentrer dans leur famille, ce qui devait dégager la responsabilité du séminaire et les mettre à même d'agir de concert avec leurs parents. Quatre suivirent ce conseil, et le bon supérieur, voyant qu'ils étaient déterminés à se battre, voulut au moins les recommander à l'officier qui devait marcher à leur tête et qui était de ses amis ^ Il le pria d'être leur père et de veiller sur eux. Mais déjà il les avait mis sous une protection plus puissante, en les revêtant du scapulaire et les recom-
1 Le commandement de la compagnie d'honneur de Madame avait été confié à M. La Roche, ancien officier de gendarmerie, qui s'était signalé par sa bravoure aux journées de juillet 1830.
mandant à la très sainte Vierge, qui s'en montra, en effet, la fidèle gardienne.
Il s'en trouvait un parmi eux qui ne se rendit pas dans sa famille et qui partit même du séminaire sans dire adieu à M. de Courson. Celui-ci, s'étant promptement aperçu de son absence , écrivit tout de suite au père pour l'informer du départ de son fils , mais il le fit de manière à ne pas trop le compromettre, profitant de la circonstance du choléra, qui commençait à sévir à Nantes, pour excuser l'étourderie du jeune homme, dont le fond était excellent. Il eut l'année suivante la consolation de le voir rentrer en philosophie et s'engager dans l'état ecclésiastique, dont il a toujours rempli les fonctions avec un grand zèle.
Quant aux autres élèves de philosophie qui s'étaient engagés aussi dans la compagnie d'honneur de la duchesse, la plupart, malgré l'ardeur qui les animait, furent dans l'impossibilité de tenir leur parole. Le 5 juin, avant -veille du jour où devaient avoir lieu les combats de la Pénissière et du Chêne, un de leurs amis, déjà au service de la cause, se présenta chez le concierge de la maison de philosophie et demanda les élèves engagés. On lui répond qu'il y a défense de parler à personne. Il se rend près de M. de Courson, qui lui dit avec calme qu'un ordre formel de l'évêque interdit la sortie de ces élèves et que force restera à l'autorité. Même refus au grand et au petit séminaire, ce qui obligea le jeune volontaire d'aller seul au combat du Chêne, où il fit bravement le coup de feu et fut sauvé de la mort par une protection signalée de la très sainte Vierge : une