CHAPITRE XVIII
balle reçue en pleine poitrine s'étant aplatie près de son scapulaire et des médailles dont sa pieuse mère l'avait muni, sans lui faire aucun mal. Signalé à la police comme insurgé, le parquet de Nantes le rechercha, mais sous un nom un peu différent du sien, ce qui le sauva et lui permit, au mois d'octobre suivant, d'entrer au séminaire de philosophie où M. de Courson le décida à embrasser l'état ecclésiastique. Depuis plus de quarante ans il en exerce les fonctions, et son ministère est béni de Dieu.
Quoique l'entrée des trois séminaires eût été interdite au porteur du mot d'ordre, la nouvelle finit par y pénétrer. Du petit séminaire, trois jeunes gens sautèrent par- dessus les murs, mais un seulement prit part à toutes les affaires ; les deux autres n'arrivèrent qu'après le combat du Chêne et ne se battirent pas. Tous les trois sont prêtres, et même l'un d'eux est religieux trappiste en Amérique. Un seul élève du grand séminaire parvint à s'évader et plus tard il se fixa dans le monde.
Au moment où cessaient les inquiétudes causées à M. de Courson par les événements dont on vient de parler, ce vénérable supérieur se vit tout à coup plongé dans des préoccupations plus graves encore. Pendant que tout le pays était agité par l'insurrection, plusieurs ecclésiastiques avaient été, sous les plus légers prétextes , mis en état d'arrestation et conduits dans les prisons de Nantes. M. de Courson allait souvent les visiter, soit pour les consoler, soit pour entendre leur confession. Il y alla en particulier la veille de l'Assomption, et ce fut pendant qu'il remplissait ce ministère de charité que M. Guibourg,
avocat très distingué de la ville de Nantes, qui avait été arrêté par suite de ses relations avec la duchesse de Berri, parvint à s'évader. La disparition d'un prisonnier si compromis intrigua beaucoup les autorités : on rechercha avec soin ce qui avait pu la faciliter. Ne découvrant rien, on eut recours à cette singulière explication : on prétendit que M. de Courson était entré dans la prison, revêtu de deux soutanes dont une avait aidé le détenu à tromper la vigilance des gardiens. Rien de moins sérieux ne pouvait être imaginé, et l'on dut bien comprendre que d'autres moyens avaient été employés lorsqu'on apprit , quelques jours plus tard, que le dossier où se trouvaient les pièces les plus compromettantes pour M. Guibourg, avait disparu du parquet de Rennes.
Cependant la police reçut ordre de faire des recherches et exécuta plusieurs visites domiciliaires. Le 15 août, dès quatre heures du matin, ses agents accompagnés d'un renfort de soldats et de gendarmes se présentèrent à la maison de philosophie. L'économe seul était présent; il les reçut, répondit à leurs interrogations, les suivit dans les minutieuses investigations auxquelles ils se livrèrent en pure perte , et ensuite il les accompagna au séminaire de théologie, dont tous les directeurs se trouvaient absents. Après avoir parcouru inutilement les salles et les chambres de cette grande maison , le commissaire de police , suivi de son escorte, se transporta à la Barberie, maison de campagne du séminaire , où les directeurs prenaient leurs vacances. Il y fit les mêmes recherches qu'à la ville. M. de Courson était absent, mais il ne se dissimula pas que c'était surtout à lui qu'on