‹ Vie de M. de CoursonChapitre 120 sur 336 · CHAPITRE XVIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIll

en voulait dans cette rencontre. Il écrivit cinq jours après à un de ses élèves : « Je viens de recevoir une visite domiciliaire, on me croyait complice de l'évasion de M. Guibourg. Les perquisitions auxquelles notre maison a été soumise ont dû me laver de ce reproche. ))

Cependant tout n'était pas fini, et même après l'arrestation de la duchesse de Berri, opérée le 7 novembre, on vit continuer les visites domiciliaires et ce grand déploiement de forces que les habitants de Nantes, depuis six mois, avaient tous les jours sous les yeux. Ces événements, cet appareil militaire, que les séminaristes, nouvellement revenus des vacances, ne pouvaient ignorer, en jetaient quelques-uns dansde grandes appréhensions ; d'autres se laissaient aller à cette sorte d'enthousiasme que produit dans les âmes juvéniles la perspective du changement; la plupart vivaient dans la dissipation. M. deCourson gémissait de tout cela , mais il ne s'en effrayait pas et rarement il en faisait des plaintes à la communauté. « Patientons, Messieurs, disait-il à de pieux séminaristes qui regrettaient la ferveur de l'année précédente, la fête de la Présentation approche, nous allons honorer Marie sous le litre de Sedes sapientise, et tout reviendra. »

Les salutaires impressions produites par la fête du 21 novembre ne pouvaient que s'accroître à l'approche de l'ordination de décembre. Chaque année cette cérémonie qui donnait au séminaire de philosophie une physionomie nouvelle et plus ecclésiastique produisait, même sur les élèves laïques, un très heureux effet. Déjà M. de Gourson, par des instructions pleines

d'à-propos qu'il faisait le jour de la promenade, avait préparé ceux de ses élèves qui devaient recevoir la tonsure; la retraite était même déjà commencée lorsqu'un événement inattendu vint troubler et interrompre ces pieux exercices.

Ainsi qu'on vient de le dire, depuis l'arrestation de la duchesse de Berri , des recherches se faisaient encore dans les maisons et les communautés de Nantes ' . Voulait-on saisir quelques personnages qui avaient embrassé son parti, découvrir les lieux où la princesse s'était successivement cachée, ou simplement intimider ceux qu'on croyait hostiles au régime inauguré par la révolution de 1830? c'est ce qu'on n'a pas su d'une manière certaine. Toujours est-il que vers la mi-décembre, un matin, dès l'aube du jour, les trois séminaires furent cernés par un bataillon de ligne, avec sentinelles à distance. « A huit heures, dit un élève de philosophie, M. de Courson nous réunit dans la salle des exercices; un commissaire de police fit l'appel nominal, et l'on nous consigna dans la salle. Il fallait passer le temps : on se mit à jouer. Tout à coup un brigadier de gendarmerie qui portait une décoration crut avoir été insulté. Il se précipite dans la salle avec des soldats et arrête un des élèves de première année. Déjà on l'emmenait en prison lorsque M. de Courson, averti, s'adresse à l'officier et lui dit : « Autant que je le puis, comme supérieur « de cet établissement, je m'oppose à ce qu'il sorte

ï Les commissaires se portèrent dans toutes les communautiJs de femmes: les dames blanches, les ursulines, les carniéliles; mais leurs perquisitions au monastère de la Visitation furent particulièrement minutieuses et inconvenantes.

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