CHAPITRE XVIII
« de la maison avant d'avoir subi un interrogatoire.» On mit le jeune homme dans une chambre voisine, et après l'interrogatoire il fut relâché. Sans l'énergie de M. de Courson , il eût probablement passé plusieurs jours en prison , car en ce temps le clergé était peu écouté. »
Cependant le bon supérieur n'était qu'au début de ses alarmes ; le soir du même jour il reçut ordre de renvoyer tous ses élèves. Il les convoqua donc de nouveau et leur fit connaître l'obligation où ils étaient d'évacuer la maison. « Et où irons-nous ? s'écrièrentils d'une commune voix. — Je ne le sais pas encore, mais je vais y pourvoir, » répondit M. de Courson, vivement impressionné par l'inquiétude de ses enfants. Grâce aux démarches qu'il fit aussitôt en ville, tous purent trouver chez des personnes charitables l'asile dont ils avaient besoin. On ne rentra au séminaire que le troisième jour. « Pendant ce temps, dit encore le respectable ecclésiastique auquel nous devons tous ces détails, M. de Courson fut admirable de dignité à l'égard des agents du pouvoir et de confiance en la Providence. Son âme était cependant bien triste en voyant non seulement ses élèves, mais encore ceux du grand et du petit séminaire sur le pavé. »
En théologie, après l'appel nominal, le chef qui dirigeait l'inspection avait consenti à ce que la communauté fît dans la soirée sa promenade hebdomadaire à la maison de campagne; mais au retour le directeur qui conduisait les élèves trouva au poste de l'octroi l'ordre de disperser les séminaristes en ville, attendu qu'ils ne pouvaient rentrer au séminaire. Il était nuit, et comment exécuter une mesure noti-
fiée si tard? Heureusement M. de Courson avait prévu l'embarras ; il fit dire aussitôt que ceux qui étaient sans parents et sans connaissances en ville seraient bien reçus dans la maison diocésaine destinée aux retraites et pouvaient s'y retirer.
Les élèves du petit séminaire subirent le même traitement que ceux de théologie et de philosophie: ils durent aussi quitter leur maison et chercher un asile en ville. Ces rigueurs, que rien ne semblait justifier, n'eurent d'autre effet que d'indigner la population nantaise. Dans une pétition adressée aux deux chambres et qui rapidement se couvrit de signatures, on se plaignit amèrement de cette mesure illégale et arbitraire. « Aujourd'hui même, disait la pétition, la ville de Nantes vient d'être témoin d'un de ces actes violents et sauvages devenus si fréquents depuis l'état de siège de nos départements. Un préfet de celte ville, M. Duval , à la tête de la garnison et d'une troupe d'agents de police, vient de faire irruption dans les trois séminaires de Nantes. Il a dirigé et conduit lui-même cette expédition militaire qui a été faite en dehors de toutes les formes légales et accompagnée de plusieurs circonstances odieuses : Sortez à Vinstani de chez vous, a dit ce préfet à l'estimable chef à qui nous avons confié ce que nous avons de plus cher, sortez avec tous ces enfants, quittez cette maison que je veux visiter militairement, sans vous et hors de votre présence. Et nos enfants , à l'entrée de la nuit, à la fin du mois de décembre, ont été chassés de la maison de confiance et de sûreté où nous les avions déposés sous la garantie publique et privée que les droits de la paternité ne seraient pas