‹ Vie de M. de CoursonChapitre 126 sur 336 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

énergie dont je ne me croyais pas capable. J'ai trouvé dans le ministère des embarras cruels et multipliés ; j'ai toujours tout confié à ce bon ami. Malgré moi, je pensais tout haut avec lui. J'ai toujours agi d'après ses avis , et je lui dois d'avoir triomphé , pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, de tous les obstacles que le démon se plaisait à semer sous mes pas. »

La grande réputation de bonté et de douceur dont il jouissait dans le diocèse conduisait quelquefois dans sa chambre des hommes qui, croyant avoir à se plaindre de l'autorité et ne pouvant seuls étouffer leur ressentiment, venaient lui en faire confidence. « Dans ces circonstances difficiles , disent les contemporains qui l'ont vu à l'œuvre , il savait consoler les inférieurs et les encourager sans donner jamais tort aux supérieurs ecclésiastiques; il écoutait avec bonté les explications et les excuses des plus coupables et se conduisait à leur égard sans préventions et sans parti pris d'avance. Que de fois il a mis du baume sur des plaies fort envenimées ! »

Cela eut lieu, et avec le succès le plus consolant, à l'égard de quelqu'un qui semblait être dans la situation la plus désespérée. Nous laisserons cet ecclésiastique raconter comment, à l'exemple du bon Samaritain, le charitable supérieur sut appliquer le remède qui convenait à son cœur ulcéré et lui rendre la paix. « Dans un moment très critique de ma vie, dit-il, lorsque ceux que j'avais regardés comme mes meilleurs amis semblaient me repousser, je trouvai en M. de Courson un véritable père. Mon âme affaissée par la douleur, pousséejusqu'aux limites du désespoir, menaçait de briser bientôt les liens d'un corps usé par le travail.

Personne ne paraissait soupçonner le mal qui me dévorait, d'autant plus que mon amour- propre prenait toutes les précautions pour le cacher. Seul, par l'effet de cette connaissance qu'il avait des cœurs, il sut le deviner, et avec ce tact parfait qui le distinguait il y appliqua le remède. Avec quelle onction il me parla de mon âme et du ciel, cette magnifique compensation de toutes les douleurs de la vie présente ! Je versais un torrent de larmes sur ses mains, que je pressais dans les miennes. Mon cœur, si longtemps serré, se dilatait sous l'influence de cette parole si persuasive ; le ciel me paraissait moins sombre quand il me disait qu'il aurait encore pour moi un regard d'amour si seulement je voulais espérer et pardonner. Je ne puis me souvenir comment je sortis de chez lui, tant j'étais bouleversé, tant les efforts inouïs que j'avais faits avaient paralysé toutes mes facultés. L'air frais du soir, car il était nuit, me rendit le sentiment. Je m'en retournai triste encore, mais résigné; il me semblait qu'on m'avait déchargé d'un poids énorme. »

Cet exemple justifie bien ce que nous lisons ailleurs: « M. de Gourson était un père pour relever et réintégrer ceux qui avaient donné des sujets de mécontentement aux supérieurs. Il suffisait de lui montrer quelques restes de bons sentiments, quelque désir de mieux faire. Lors même qu'il savait quelqu'un en mauvaise voie, il était patient à attendre le moment favorable. »

Sa parole, sans cesser d'être paternelle et douce, avait cependant quelque chose de plus vif, lorsqu'il s'agissait d'encourager de bons prêtres que les difficultés du saint ministère abattaient et qui , vaincus

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