‹ Vie de M. de CoursonChapitre 127 sur 336 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

par les obstacles, voulaient quitter le service des paroisses, ou du moins faisaient instance pour sortir d'un poste où ils croyaient ne pouvoir plus travailler utilement. Avec quelle force il combattait de semblables défaillances, surtout quand il les rencontrait dans de jeunes ecclésiastiques, ses anciens élèves, qu'il jugeait capables d'entendre la vérité ! « Le serviteur, disait-il à l'un d'eux, n'est pas au-dessus du maître et il lui suffit d'être comme le maître. Notre divin Sauveur n'a pas fait pendant sa vie mortelle tout ce qu'il voulait ; son zèle a trouvé bien des contradictions et bien des entraves. Il nous a appris que le principal caractère du zèle sacerdotal est la patience , patience à souffrir et patience à attendre. Défiez-vous donc de l'esprit qui s'est emparé de vous depuis quelque temps. Je crains fort que ce ne soit pas l'esprit de Notre -Seigneur. Je ne sais si vous supporterez ce que j'ai à vous dire, mais mon amitié pour vous me fait un devoir de ne pas le taire. Vous vous fourvoyez; votre imagination vous entraîne et vous égare. C'est ma conviction. Je me mettrai tant que je pourrai à la traverse dans votre cliemin ; après cela, si vous me passez sur le corps, je gémirai, je prierai, mais j'aurai la conscience d'avoir acquitté ma dette envers vous. »

Il lui représentait ensuite avec une bonté toute paternelle quel malheur ce serait pour lui de s'écarter des voies de la Providence, les suites funestes que sa fausse démarche pourrait avoir, et il le conjurait de ne pas se laisser aller au découragement à cause des abus qu'il rencontrait dans sa paroisse. « Ces abus qui vous désolent, lui disait-il, sont du nombre

de ceux qui ne se détruisent que par la patience , à l'aide d'une grande charité et du temps. L'action douce et lente d'un ministère bien dirigé en viendra à bout. Mais ce serait tout compromettre que d'appeler le feu du ciel sur la tête des coupables. » Dans ces circonstances, M. de Courson ne craignait pas de démasquer l'illusion dont trop souvent on est victime en sollicitant un changement. « Vous avez grand tort de croire, disait-il en une occasion, que votre ministère est usé à X... Oui, l'homme est usé, mais le prêtre ne l'est pas. Le jeune homme a jeté son premier feu, ses paroles ont eu quelque vertu; il s'en est réjoui peut-être trop humainement. Aujourd'hui la scène change, la résistance se manifeste, et le jeune homme, qui vit encore et qui ne s'est pas épuisé avec son premier feu, tombe dans l'abattement et le découragement ; il se centriste très humainement et veut secouer la poussière de ses souliers pour aller ailleurs. Il ne suit en cela que le mouvement de la nature, mais ce mouvement de nature le séduit parce qu'il se masque sous des apparences de zèle et de sagesse. Voilà mon entière pensée, je la livre à vos réflexions. »

M. de Courson n'avait pas souvent à prendre, visà-vis de ses anciens élèves, un ton si ferme et si élevé ; plus ordinairement dans les réponses qu'il fait à leurs nombreuses consultations, il encourage, donne d'utiles conseils, suggère des moyens pour sortir des difficultés qui se présentent, résout des cas de conscience et fait tout cela avec cette cordialité , cette sagesse , cette douceur dont on a déjà vu tant d'exemples.

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