CHAPITRE XIX
Quand il parle à de jeunes prêtres il ne manque pas de leur inspirer un grand respect pour les anciens du sacerdoce qui, dit- il, ont confessé la foi et nous ont conservé la sainte tradition au milieu de tant d'obstacles et de dangers. Fréquemment aussi il leur recommande l'union avec leur curé et les autres prêtres de la paroisse, le bien ne se faisant qu'à demi, ou même ne se faisant pas du tout, dans une paroisse, quand les petites passions viennent troubler et agiter le cœur des prêtres qui en ont la charge. « Et cependant, ajoute le bon supérieur, reconnaissons- le avec confusion, nous sommes très susceptibles de ces petites passions qui nous fatiguent, nous occupent et nous énervent. »
Dans la solution des cas difficiles, sans s'écarter jamais des règles de l'Église, M. de Courson, pénétré de la plus tendre commisération pour les pécheurs, facilitait, autant qu'il le pouvait, leur retour à Dieu. Notre- Seigneur a quelquefois béni d'une manière frappante les conseils qu'il avait donnés en des occasions très difficiles. Au reste, la vue des grands écarts, auxquels les hommes se laissent aller en tant de rencontres, lui inspirait toujours une tendre compassion mêlée d'un profond sentiment d'humilité. Un jeune prêtre l'ayant consulté à l'occasion d'une faute de ce genre, commise dans sa paroisse, il lui répondait : « Je conçois toute votre peine, je la partage aussi vivement que possible. Dieu m'est témoin du sentiment qui m'a rempli depuis la réception de votre lettre et des prières que je lui ai adressées du pied de la croix de son Fils adorable (il écrivait le vendredi saint). Peut-être que le mal n'est pas si grand que
nous le pensons. Soyons charitables dans nos jugements et que notre cœur se livre à une tendre compassion. Prions , gémissons et craignons pour nousmêmes. Ne laissez paraître que charité, douceur, tendre attachement. Si vous y mettez tant soit peu d'humeur, d'amertume et d'aigreur, tout serait manqué, et vous feriez plus de mal que de bien. Ne vous tourmentez pas trop ; attendez l'occasion favorable : Dieu attend bien. Hélas! il nous attend tous, car nous sommes tous très misérables et grands pécheurs. Qui stat vidcat ne cadat '. »
1 I Cor. X, 112.