CHAPITRE II il
A ce motif d'un ordre supérieur s'en joignait un autre qui, dans les malheureuses circonstances où l'on se trouvait, n'était pas sans importance. Les élèves du grand séminaire et ceux du petit qui ne pouvaient payer toute la pension devaient bénéficier des profits que l'admission des élèves laïques permettrait de faire'.
Le petit séminaire de Nantes n'était donc pas une maison purement ecclésiastique quand M. de Courson y fit ses études. Plusieurs jeunes gens de sa condition et comme lui nullement destinés au sacerdoce s'y trouvaient alors réunis. Cependant, malgré cet élément laïque, la maison prospérait sous la sage et paternelle direction de M. Delsart, son supérieur ^.
1 C'est ce qu'écrivait à M. Duclaux, en I8I6, le nouveau supérieur du séminaire de Nantes : » Le petit séminaire, disait-il, est à peu près toute la ressource de notre maison; il faut même, en quelque sorte, toute la réputation dont jouit cet établissement pour que le grand séminaire se soutienne. Cependant, d'après ce que m'ont dit les grands vicaires, l'Université le menace fortement. Il est question de lui défendre de recevoir des externes, et la plupart des externes sont pauvres et se destinent à la cléricature. Que deviendront-ils, s'ils n'ont de ressources pour leurs éludes que le lycée? On veut, de plus, que tous les élèves internes prennent l'habit clérical, ce qui pourrait nous enlever bien des pensionnaires qui ne se destinent point à l'Église; et, si on les enlève, où trouvera-t-on de quoi faire subsister le grand séminaire et tant de pensionnaires du petit séminaire qui ne payent rien et ne peuvent rien payer? » (Lettre de M. Moral à M. Duclaux.)
2 Thomas Delsart, né à Nantes en 1768, avait déjà reçu le diaconat quand éclata la tempête révolutionnaire. Il passa les dernières années de sa vie au petit séminaire de Nantes, dont il fut le principal soutien. Lorsque les prêtres de Saint- Sulpice furent éloignés des séminaires par Napoléon, en 1812, M. Delsart, sans abandonner la direction de sa communauté, professa la morale aux élèves du grand séminaire. 11 mourut le
Ce respectable ecclésiaslique, dont l'éloge est dans la bouche de tous ceux qui l'ont connu, eut des bontés particulières pour le jeune de Gourson. « Découvrant à première vue, dit l'auteur de la Notice, le trésor de foi et de charité que renfermait l'âme si simple et si candide de son nouvel élève, M. Delsart se prit tout aussitôt pour lui d'une affection toute paternelle. »
« Louis de Gourson, dit encore le même écrivain, avait à peine passé un an au petit séminaire que déjà ses maîtres et ses condisciples l'aimaient avec une sorte d'effusion. Il y avait dans cet enfant une piété si vive et si tendre tout à la fois , une candeur et une simplicité si pleines de charmes, que quiconque l'approchait ne pouvait échapper à cette douce influence '. »
Il n'était au petit séminaire que depuis cinq ou six mois lorsque ses supérieurs l'admirent à la première communion. Il fut sans doute du nombre de ces cœurs purs que Notre-Seigneur se plaît à inonder de joie et à combler de grâces, quand il les visite pour la première fois. Toujours est-il que ce grand acte de la vie du chrétien fît sur lui une impression qui ne s'effaça jamais. « Ma première communion, écrivait-il trois ans avant sa mort, est encore aujourd'hui un de mes plus doux souvenirs. Mon père et ma tante y étaientprésents. Ils étaient bien heureux comme moi.» Tout ce qui plus tard lui rappelait cette précieuse époque de sa vie lui était particulièrement cher. Il nous dira dans une lettre citée plus loin que sa prc-
27 avril 1817, à l'âge de quaronlc-ncuf ans, cL l'ut vivcmciil regrellé à Nantes. Mg'Duvoisin l'avriiL fait clianoine lionoraire île sa calhédrale.
1 Notice, p. 2.