CHAPITRE II
mière communion était un des plus doux liens qui l'unissaient au petit séminaire. Le prêtre qui l'y prépara reçut de lui jusqu'à la mort mille témoignages de reconnaissance. « Il nous l'amena un jour au collège de la Bûcherais, dit M. l'abbé Gariou; il était près de lui comme un enfant auprès d'un père bienaimé. »
Ce fut sans doute vers l'époque de la première communion, alors que son âme était si totalement à Dieu, que la pensée du sacerdoce s'offrit pour la première fois à son esprit et à son cœur; car, dès le petit séminaire, comme il nous le dira bientôt, la vocation ecclésiastique commença à germer en lui : et, quoique dans les dernières années qu'il y passa, ses vues et ses inclinations se soient portées ailleurs , il n'en avait pas moins reçu dès lors un premier appel de la grâce qui, avec le temps, serait écouté et produirait ses fruits. Peut-être était-il dans les desseins de la Providence que celui qui devait aider tant de jeunes gens à briser les liens du monde et à se consacrer, malgré des oppositions de tout genre, au service des autels, connût lui-mêûie ces sortes de combats et n'arrivât à la pleine connaissance de sa vocation qu'après avoir suivi quelque temps des voies qui l'en éloignaient.
Durant les années qui suivirent celle de sa première communion , Louis de Courson continua à se montrer digne de la confiance de ses maîtres et de l'estime de ses condisciples. Sa foi vive, son amour des choses de Dieu se révélaient aux yeux de tous pendant les exercices religieux, et M. Delsart se confirmait dans toutes ses espérances.
Les succès du jeune élève dans ses études n'eurent jamais rien de remarquable. Son esprit, moins brillant que solide, ne se prêtait pas à des progrès éclatants. Il était d'ailleurs d'un naturel un peu lent, éprouvant pour le travail une sorte d'éloignement; et , quoique la vertu ait triomphé plus tard de cette répugnance, nous verrons que, même au grand séminaire, il ne prit jamais rang parmi les élèves qui se distinguaient par leurstalents. Cependant il n'avait point échappé à ses maîtres de Nantes que chaque fois qu'il s'appliquait un peu sérieusement, ses compositions étaient tout autres, et pouvaient soutenir le parallèle avec celles des bons élèves '.
M. de Courson passa six ans au petit séminaire de Nantes et ne quitta cette maison qu'après y avoir achevé ses études classiques. Jusqu'à la fm il se montra élève irréprochable sous plusieurs rapports , particulièrement à l'égard de la plus belle et de la plus délicate des vertus de cet âge; mais il est vrai de dire qu'étant en seconde et en thétorique il laissa voir quelques défauts mêlés à ces précieuses qualités. Noire intention n'est pas de les dissimuler; la sincérité de l'histoire et l'intérêt de notre travail s'y opposent également. Nous voulons que nos lecteurs puissent admirer les merveilleux effets de transformation que la grâce opéra plus tard dans cette âme privilégiée. « Dieu, dit avec beaucoup d'à-propos l'auteur d'une note qui nous a été confiée , fit à l'égard de M. l'abbé de Courson ce qu'un sage jardinier fait pour un arbre qui, malgré sa vigueur et son feuil-
^ Nolice, p. 2.