‹ Vie de M. de CoursonChapitre 130 sur 336 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

désirait avant tout former l'esprit et le cœur selon les règles de l'Évangile. « Jamais, disait-elle plus tard, je n'ai reçu de conseils plus sages que ceux que m'a donnés ce bon M. de Courson. Il semble qu'il lit dans le cœur de mes enfants et y voit le caractère et les dispositions de chacun d'eux. Aussi quand j'ai suivi exactement pour eux ce qu'il m'a conseillé, je suis tranquille, et j'ai de plus la consolation de voir que le succès couronne la sagesse de ses vues. » Les enfants de cette dame sont, en effet, des modèles de sagesse et de piété au milieu du monde ; ils font la consolation de cette famille patriarcale.

M. de Courson fut consulté aussi quelquefois par des dames du monde, sur des questions de vocation. Rien de plus sage que les réponses qu'il leur fit'. L'une de ces dames, étrangère au diocèse, ne l'avait connu que par quelques relations qu'avait fait naître la présence de son neveu au séminaire de philosophie; cependant après la mort de sa mère elle lui soumit la pensée qu'elle avait d'embrasser la vie religieuse. Le prudent supérieur ne se hâta pas de prononcer sur une question si grave. « J'ai senti, disait-il, le besoin de prendre du temps pour prier, avant de vous répondre ; non pas que j'eusse la prétention de vous proposer immédiatement une solution définitive, mais parce que je com{5renais que les réflexions que j'avais à vous présenter devaient m'être suggérées par l'esprit de Dieu. La vaine sagesse de

1 Ceux qui connaissent la vie de M. 011er seront sans doute frappés de la ressemblance qu'ils remarqueront entre les conseils donnés ici par M. de Courson et ceux que le fondateur de Sainl- Sulpice présenta autrefois à la marquise de Portes, dont il avait à décider la vocation. [Vie de M. OUer, t. II, p. 340.)

l'homme est bien impuissante quand il s'agit de discerner la conduite de Dieu sur les âmes qu'il chérit et appelle à la perfection. »

Entrant ensuite dans l'examen de la question , M. de Gourson, après avoir distingué la pratique de la perfection et l'état religieux, n'hésitait pas à prononcer que la personne qui le consultait était appelée à la perfection ; il n'y avait d'embarras que pour reconnaître si elle devait pratiquer la vie parfaite dans le monde ou dans le cloître. « La vie parfaite, disaitil avec tous les maîtres de la vie spirituelle, est celle où l'on embrasse la pratique non seulement des commandements de Dieu , mais encore des conseils évangéliques. Ces conseils se réduisent à trois chefs principaux : l'entière chasteté, le détachement des biens et des honneurs de la terre, le détachement de soimême , ce qui dans l'état religieux se trouve compris dans les trois vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance.

« Aucun doute que vous ne puissiez , dans la position où vous êtes, pratiquer les conseils évangéliques. Déjà depuis longtemps vous paraissez avoir renoncé à toute idée de mariage ; votre fortune peut être employée en aumônes et en bonnes œuvres, de manière à ce qu'il ne vous en reste que la sollicitude et l'ennui. L'obéissance elle-même n'est pas incompatible avec votre position indépendante, et Dieu vous fournit mille occasions de lui faire le sacrifice de votre volonté. 11 est pourtant certain que la profession religieuse donne une grande facilité pour la pratique de la perfection, et conduit, pour l'ordinaire, à un degré de pcrfect'on plus excellent.

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