‹ Vie de M. de CoursonChapitre 131 sur 336 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

« Que demande de vous l'esprit de Dieu? Veut-il que vous pratiquiez la perfection dans le monde ou dans l'état religieux ? L'attrait que vous avez ressenti si longtemps et que vous ressentez encore pour l'état religieux est une forte raison de penser que Dieu vous appelle à cet état. Mais cet attrait ne viendrait- il pas de ce que vous avez confondu la perfection et l'état religieux? C'est là un point qu'il importerait d'examiner. Ne viendrait-il pas encore du dégoût trop naturel des embarras de la fortune et des affaires de la vie? La fortune et les affaires qu'elle mène à sa suite sont une véritable croix : il faut avoir le courage de porter cette croix comme toutes les autres. S'il arrive qu'indépendamment des embarras, nous trouvions dans les affaires un véritable obstacle à l'union de notre âme avec Dieu , alors le dégoût n'étant pas un effet de la lâcheté, mais de l'amour que nous avons pour Dieu , devient une raison de penser que Dieu veut que nous nous dégagions en entrant dans l'état religieux.

(( La clôture, disait M. de Courson en terminant, n'est pas, à mon avis, et d'après mon expérience, ce qui doit vous effrayer; vous trouveriez plus de peine dans la vie commune, c'est-à-dire dans la nécessité de vous faire aux habitudes et aux caractères des personnes dont vous seriez nécessairement et irrévocablement entourée. Il y a là de grandes douceurs dans la pratique de la charité, mais au milieu de ces douceurs il y a des épines. »

Une jeune personne dont M. de Courson connaissait particulièrement la famille le consulta aussi, mais sur une question bien différente. Au moment de

s'engager dans le mariage elle éprouvait de sérieuses appréhensions, parce que le jeune homme qui demandait sa main n'était pas bon chrétien. « Sans doute , lui répo'idit M. de Gourson, qu'il serait bien à souhaiter que celui qui veut vous épouser fût bon chrétien et pratiquât en tout point les devoirs que la religion impose; mais, par le temps qui court, en exigeant absolument cela, un grand nombre de jeunes personnes seraient obligées de vivre dans un état auquel elles ne sont point appelées. Si ce jeune homme est antireligieux, ne le prenez pas ; mais s'il est seulement no7i pratiquant , soit par ignorance de la religion, comme cela arrivée beaucoup, d'ailleurs très instruits sur d'autres matières , soit par respect humain, espérez qu'avec vos lumières, votre bon esprit, votre prudence, votre douceur surtout et les industries de votre charité, vous l'amènerez à faire comme vous. »

Ce n'est pas en se produisant dans le monde que M. de Gourson était parvenu à ce haut point de considération qui faisait que tant de personnes recouraient à ses conseils. Loin de souhaiter ces relations et de s'y complaire, il en gémissait, et le désir de se cacher et de disparaître devenait chaque jour plus vif dans son cœur. « Je voudrais être sourd et aveugle pour ne plus m'occuper que de mon Dieu, » disait-il quelquefois dans l'abandon de la conversation.

Celte prédilection pour la vie cachée, qui lui avait inspiré tant d'amour pour la compagnie de Saint- Sulpice , ne s'affaiblit jamais en son âme. « Je connais, dit M^''" Sebaux, quelques circonstances très graves où, malgré des instances réitérées, il a fait tout ce

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