‹ Vie de M. de CoursonChapitre 132 sur 336 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

qui était en lui, et avec la fermeté de son caractère, pour ne pas sortir de la voie humble et cachée où il était entré. » On peut conjecturer qu'en parlant ainsi M^*' l'évêque d'Angoulême fait allusion à la coadjutorerie de Nantes que M. de Gourson refusa d'accepter en 1835.

M^"-' de Guérines , que son âge et ses infirmités mettaient hors d'état de gouverner seul son vaste diocèse, pensait depuis quelque temps à demander un coadjuteur avec qui il pût partager la charge pastorale. Il n'ignorait pas les difficultés de cette place, mais il crut les éviter en choisissant M. de Gourson. Depuis treize ans qu'il l'avait près de lui et dans son intimité, il demeurait de plus en. plus frappé des rares qualités de son esprit et de son cœur ; il connaissait son aptitude pour les affaires et la sagesse de ses décisions; il était témoin de l'estime qu'on faisait de son mérite, à Nantes et dans tout le diocèse , de la confiance que chacun lui témoignait ; il savait que non seulement il était irrépréhensible dans sa conduite, ainsi que l'Apôtre l'exige, mais que toutes les vertus épiscopales se trouvaient déjà en lui. En ce qui le regardait personnellement, M^'' de Guérines n'ignorait pas que s'il avait une tendresse de père pour M, de Gourson, celui-ci en retour éprouvait pour son évêque l'affection, le dévouement et la docilité du meilleur des fils. Il espéra donc que malgré sa modestie et son amour pour la vie cachée il se rendrait à ses désirs.

Si quelque considération, en effet, en dehors de l'expresse volonté de Dieu, avait été capable de changer les dispositions du modeste supérieur, de vaincre la répugnance qu'il éprouvait pour les di-

gnités, de le détacher de Saint- Sulpice, de lui faire abandonner le ministère béni de Dieu auquel il s'appliquait depuis onze ans , la proposition de M^'' de Guérines l'aurait fait immédiatement ; car pour un cœur aussi sensible et aussi reconnaissant que l'était celui de M. de Gourson, ne pas se rendre aux désirs d'un saint prélat qui l'avait toujours honoré de son amitié et de la plus entière confiance, tromper ses espérances sur un point aussi important que celui de la coadjutorerie, était l'acte le plus héroïque, le sacrifice le plus pénible qui pût lui être demandé. Cependant, convaincu qu'il n'avait pas les qualités que demande la charge épiscopale et qu'on trouverait facilement quelqu'un plus capable que lui de remplir ces énvnentes fonctions, il pria humblement son évêque de ne pas donner suite à son projet et de lui permettre de continuer à servir le diocèse dans le modeste, mais utile emploi qu'il avait au séminaire de philosophie.

M*»''" de Guérines, désespérant de vaincre une résolutionsi sainte et si ferme, commença immédiatement auprès de M. de Hercé, curé de la Trinité à Angers, les négociations qui lui donnèrent pour coadjuteur et successeur ce vertueux prêtre dont la Vie édifiante a été donnée au public et dont la mémoire est toujours en bénédiction dans le diocèse de Nantes. M. de Courson fut très consolé en voyant que son refus avait eu un résultat si heureux. Le jour du sacre de M^^' de Hercé, il parla à sa communauté de la dignité épiscopale et édifia tout le monde par le sentiment religieux que respiraient ses paroles. Toujours, du reste, on était frappé de la vénération et du respect qui pa-

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