‹ Vie de M. de CoursonChapitre 133 sur 336 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

raissaient en lui quand il conversait avec des évêques ou qu'il parlait d'eux, même en particulier. « On voyait bien, dit M^^' Sebaux, qu'il les regardait comme établis par l'Esprit -Saint pour régir l'Église de Dieu. Jamais rien de ces manières et de ces jugements dégagés qu'on se permet quelquefois dans le monde : toujours la plus grande réserve. S'il lui arrivait d'être obligé de contredire leur sentiment, c'était toujours avec un respect infini qu'il le faisait et qu'il exprimait une manière de voir différente de la leur. »

Au moment où M^'" de Guérines obtint un coadjuteur, les sièges épiscopaux de Coutances, Périgueux et la Rochelle étaient vacants. Quelqu'un fit -il à ce sujet de nouvelles propositions à l'humble supérieur, ou bien lui apprit- on seulement que son nom avait été mis en avant et recommandé à ceux qui faisaient les nominations? nous ne pouvons l'affirmer. La lettre de M. Mollevaut, qu'on va lire, semble supposer quelque chose de semblable, mais ne le dit pas clairement. Peut-être les inquiétudes que celte lettre était destinée à calmer naquirent- elles à la suite du refus de la coadjutorerie de Nantes; il est du moins certain qu'au temps dont nous parlons un violent orage s'éleva en lui.

L'homme ici- bas n'est jamais à l'abri des tentations : les saints eux-mêmes ont eu à gémir sur les violents assauts que les passions leur livraient ; mais loin de s'obscurcir dans ce combat, la vertu prend un nouvel éclat et l'attaque victorieusement repoussée rehausse le mérite. La tentation dont fut battu l'humble supérieur eut encore un autre avantage. Le refus qu'il venait de faire de la coadjutorerie de

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Nantes aurait pu donner lieu en lui à de secrètes complaisances : Dieu le préserva de ce malheur en lâchant la bride à des pensées d'ambition qui s'éveillèrent tout à coup dans son imagination et qui , malgré la honte qu'il en avait, malgré les efforts qu'il faisait pour les étouffer, le poursuivaient partout et ne lui laissaient nul repos. Comme s'il se fût repenti de la préférence donnée à la vie cachée, il sentait de secrets désirs d'être élevé et porté, en quelque sorte malgré lui, à cette haute dignité qu'il venait de refuser. On peut deviner les troubles qu'une pareille tentation dut causer à un homme si sincèrement humble. Il a horreur de ce qu'il sent, il en détourne violemment la pensée, il s'humilie et s'épuise en désaveux, mais sans pouvoir recouvrer la paix de l'âme.

A bout de moyens, M. de Gourson se décida à faire connaître son état ; il écrivit donc à M. Mollevaut. La réponse du saint directeur ne se lit pas attendre et fut digne de ce maître expérimenté. « Il me semble, lui disait-il, que vous avez été trop étonné et trop affligé des sentiments dont vous me faites le tableau. Tout le monde dans votre position y serait pris, et je serais bien plus étonné que vous eussiez été calme et indifférent relativement aux propositions qui vous ont été faites. Vous êtes désolé de ce combat entre la nature et la grâce ; vous êtes abattu de ce que vous voyez deux hommes en vous. Saint Paul ne s'en affligeait pas, mais il ne comptait pour la victoire que sur la grâce de Notre-Seigneur. Et comme vous vouliez attaquer de front ces mouvements violents, conduire seul le gouvernail dans cette tempête , vous avez senti votre impuissance ; et puis vous vous indi-

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