CHAPITRE XX
gnez de votre faiblesse. Pour moi , je suis bien aise que Dieu vous ait mis à cette épreuve ; sans elle vous ne vous seriez pas connu. Mais efforcez-vous de conserver à tout prix la paix , quels que soient les désirs ou plutôt les imaginations qui viennent vous assaillir. Vous avez beau faire ; quand on n'a pas essayé d'une place, il y a toujours un côté séduisant qui charme bon gré mal gré ; il y a même un désir du bien qui séduit et trompe la raison. Dans tout cela il suffit de répondre : je ne ferai que ce que Dieu voudra; et pour être sûr que vous ne vous trompez pas, voici à quoi • tout se réduit : Faites promesse ou vœu, comme vous voudrez, de n'accepter aucune place sans l'ordre de votre supérieur, et à toutes les propositions qui pourraient vous être faites, répondez : je ne fais rien que par mon supérieur. Après cela, mon cher ami, moquez -vous de tout ce qui passera par votre tête. »
La lettre du vénérable supérieur de la Solitude était du 4 décembre 1835; quatre jours après, M. de Courson écrivit et signa de sa main l'engagement suivant que nous avons retrouvé dans ses papiers: « Ce jour, 8 décembre 1835, mardi de la seconde semaine de l'Avent, fête de la Conceplion de la très sainte Vierge, pour honorer les anéantissements du Verbe incarné, l'humilité et la vie cachée de la très sainte et Immaculée Vierge Marie ; reconnaissant mon indignité et incapacité, désirant me soustraire aux dangers de mon orgueil et de ma volonté corrompue, de l'avis de mon directeur, je fais vœu et promesse de n'accepter aucune place ou dignité ecclésiastique, sans l'ordre de M. le supérieur de Saint-
Sulpice. Ainsi Dieu me soit favorable. Nantes, jour et an que dessus. Signé : L. de Gourson. »
Après avoir suivi si ponctuellement le conseil de son saint directeur, M. de Gourson expérimenta la vérité des assurances qu'il en avait reçues. « La divine Providence vous a fait faire l'épreuve de votre cœur, disait M. Mollevaut dans la lettre qu'on vient de citer, et cette épreuve est si incisive, si déchirante, que je la crois encore plus forte que tout ce que vous me dites ; mais comme je connais les grâces que Dieu vous a faites, je vous annonce que vous en sortirez avec avantage : Faciet Deus cuin ientatione proventum. » Tout fut fini, en effet, du côté de cette violente tentation, et l'humble supérieur ne sentit plus en lui que le désir d'être caché aux yeux des hommes et oublié de tout le monde. Il gémissait même de l'estime et de la considération qui continuaient à venir le chercher dans sa modeste communauté. Écrivant, en 1839, à M. Féret que la maladie avait conduit au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, il lui disait : « Tous nos messieurs font leur œuvre dans l'ombre et le silence ; le séminaire de Saint-Sulpice est unique pour cela ; on y vit véritablement caché ; tandis que dans nos misérables provinces, les plus sots, les plus ignorants, les plus méchants, comme moi, prennent de l'importance et deviennent des hommes dont on s'occupe et dont on parle. »
Il ne fallait rien de moins que l'obéissance pour rendre supportable à M. de Gourson une position à la fois si accablante et si contraire à l'attrait que Dieu lui donnait pour la vie cachée. Pour y échapper, il eut quelque temps la pensée d'entrer à la Chartreuse