‹ Vie de M. de CoursonChapitre 135 sur 336 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

et d'aller chercher le repos de l'âme et l'oubli des créatures dans cette profonde solitude. Telle ne fut pas la manière de voir de M. Mollevaut, à qui il avait soumis son pieux projet. Le vénéré supérieur lui disait dans sa réponse, qui est datée du 7 mars 1836, qu'il devait continuer de travailler et ne point songer au repos. « Non pas, ajoutait -il, que j'aie envie de blâmer le désir que vous avez et votre dégoût des affaires qui vous écrasent, mais je vais encore vous dire une petite chose singulière, c'est qu'on n'est bien dans une place que quand on n'y tient pas, et on ne fait bien ses affaires que quand on voudrait n'en avoir pas. C'est alors que disparaissent les recherches de soi-même, mille petites complaisances et satisfactions, les désirs de réussir et d'être approuvé. On se moque de tout cela quand on est disposé à partir. Mais au moment où l'on va tout quitter, voilà que l'obéissance arrête. Quand on a exposé sa situation et qu'on vous a dit : restez, il faut continuer à tracer son sillon et confier tout le reste à la Providence et aux divines miséricordes. »

« Cependant, ajoutait M. Mollevaut, comme le bon Dieu ne veut pas que nous nous exterminions , tenez à avoir un temps libre à la fin de l'année, quels que soient les affaires et les prétextes. Vous voyez que je n'admets pas pour vous l'impossibilité de vous absenter quelques jours pour visiter Notre -Dame -de - Lorette à laquelle vous devez tant d'obligations. Si j'en étais le maître, j'irais moi-même vous arracher de force. »

M. de Courson fit, en effet, le voyage de Paris, aux vacances de 1836 , et sa présence à Issy combla de

joie ses confrères. M, Mollevaut, plus que personne, fut heureux de s'entretenir avec un disciple si vertueux. « Je ne vous dirai pas, écrivait-il à M. Féret, combien j'ai été content de voir le bon M. de Courson, avec son cœur sulpicien et sa vénération pour M. Olier. Ce sont là mes véritables joies. J'aurais désiré qu'il restât plus longtemps; il sera toujours assez tôt noyé dans les affaires. Mais il est assez sage pour ne pas y tenir et n'y voir qu'un pénible fardeau et un grand compte à rendre. »

De retour à Nantes, M. de Courson retrouva les nombreuses occupations avec lesquelles il avait fait trêve pendant un mois. Il les reprit avec un nouveau courage et ne songea plus qu'à s'en bien acquitter. Dieu lui ménagea vers ce temps une consolation qui ne put manquer d'adoucir beaucoup la peine qu'il ressentait au milieu de tant d'affaires. Le saint évêque de Bardstown, M^'"' Flaget, venait d'arriver en France, et, après avoir donné quelques semaines à ses confrères du séminaire de Saint-Sulpice, à sa famille en Auvergne, à M^'' de Gheverus, à Bordeaux, il s'était rendu à Nantes, où, avant la révolution, il avait, pendant deux ans, été directeur au grand séminaire. « Il y revenait après quarante-cinq ans, dit un de ses historiens, mais avec tout le prestige de sainteté dont un si long apostolat devait environner sa personne aux yeux des religieuses populations de la Bretagne, et cette vénération s'accrut encore et ne connut, pour ainsi dire, plus de bornes lorsque le bruit se fut répandu que plusieurs guérisons subites avaient eu lieu par l'effet de ses prières '. » t Vie de Mi"-' Flaget et David, 308,

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