‹ Vie de M. de CoursonChapitre 139 sur 336 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Cependant M^'^' de Guérines , qui n'avait pas de maladie caractérisée , demeura ainsi aux prises avec la mort pendant trois mois et demi. Le moment des tournées pastorales arrivé, il désira que son coadjuteur ne diflérât pas à les entreprendre. Au reste, le pieux malade ne restait pas seul ; M. de Gourson passait à son chevet tous les instants dont il pouvait disposer. La respectueuse tendresse qu'il avait eue pour cet excellent prélat pendant sa vie ne fit que s'accroître dans ces derniers moments. La mort de M^'' de Guérines allait être pour lui un deuil de famille; elle devait même rompre les derniers liens qui l'attachaient à la terre.

Déjà, en effet, des coups répétés lui avaient enlevé presque tous ses proches parents; il ne lui restait plus que M"° Thibault, sa tante maternelle. Son respectable père lui avait été conservé plusieurs années. Depuis qu'il s'en sépara, en 1824, pour entrer comme directeur au grand séminaire de Nantes, il ne manquait pas, malgré ses nombreuses occupations, de le visiter souvent quand ce cher père habitait sa maison de ville, et chaque année il passait auprès de lui, à Vallet, tout le temps des vacances que ses fonctions lui permettaient de prendre hors du séminaire. C'est là qu'il eut la douleur de le voir s'éteindre, le 20 août 1829, dans la soixante- dix- septième année de son âge. Nous n'avons pas de détails sur les derniers jours de ce vertueux vieillard, mais nous savons que son saint fils ne le quitta pas un instant et qu'il lui procura, avec le secours des sacrements de l'Église, toutes les consolations que peuvent donner à un mourant de saintes conversations et de ferventes prières.

Peu de temps après avoir fermé les yeux à son cher père, M. de Courson eut encore la douleur d'apprendre la mort de sa tante d'Angers , la seule qui lui restât du côté paternel. Il fut d'autant plus sensible à cette nouvelle perte que ses relations avec cette pieuse tante étaient de celles qui édifient l'âme en même temps qu'elles la consolent'.

Privé ainsi de son père et de sa tante d'Angers, M. de Courson avait reporté toute la tendresse de son cœur sur M"® Thibault, en qui, dès l'âge de quatre ans, il trouva, comme on s'en souvient, une seconde mère. On peut bien dire qu'il l'aimait d'un amour filial et qu'il lui eût été difficile d'avoir pour sa mère une plus tendre affection. La vertueuse tante, de son côté, n'éprouvait pas de consolation comparable à celle qui lui venait de son neveu. Ils semblaient n'avoir qu'un cœur et qu'une âme, et, sauf en quelques

1 Louise- Françoise de Courson était l'aînée des deux sœurs d'Olivier de Courson, qui, comme on l'a dit déjà, embrassèrent la vie religieuse à Angers. C'est parmi les bénédictines de la célèbre abbaye de Konceray qu'elle s'était consacrée à Dieu, et jusqu'à la fin elle demeura fidèle à ses engagements. « Elle portail dans ses traits, dit un vénérable religieux qui l'avait beaucoup connue, un doux reflet des vertus de son cœur. La réserve, la sérénité, une paix inaltérable, la noblesse alliée à la simplicité, la bienveillance et la charité se peignaient sur son visage. Comme ses compagnes, chassée du riche et antique monastère de Ronceray, elle vivait solitaire en l'ace de ces ruines saintes et chères à son cœur. La prière, les lectures pieuses, les heures passées devant le très saint Sacrement, la récitation de l'office divin, le travail des mains à l'aiguille, remplissaient ses journées. Réduite par le malheur dus temps à de modiques ressources, elle aimait à se priver de mille douceurs pour assister les indigents. Pauvre moi-même et orphelin, je reçus souvent ses aumônes, et elle m'aidait à cause de la vocation à laquelle mes études me préparaient. »

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