‹ Vie de M. de CoursonChapitre 140 sur 336 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

points où l'humilité, la pauvreté et la simplicité de M. de Courson paraissaient excessives aux yeux de M"^ Thibault, ce que l'un voulait l'autre le voulait aussi. « Parfois cependant, dit un ancien vicaire de Vallet, il s'élevait entre eux des discussions sur un autre objet. Leurs grands biens étaient demeurés indivis, et M"« Thibault se plaignait à ses amis que le cher neveu prenait toujours la grosse part pour l'œuvre du séminaire. Elle aurait voulu avoir davantage pour ses pauvres : de là de petites vivacités dans la vénérable tante. »

La mort d'une personne si chère, et pour laquelle il éprouvait de si vifs sentiments de reconnaissance , fut pour M. de Courson, eu égard surtout aux circonstances qui l'accompagnèrent, l'un des plus douloureux sacrifices que Dieu lui eût demandés jusquelà. C'était en 1838. M»' de Guérines inspirait de très vives inquiétudes, on ne conservait même plus l'espoir de le conserver. Tout le diocèse, se voyant à la veille de perdre un si bon pasteur, était dans les larmes; mais personne n'éprouvait une douleur comparable à celle que l'approche d'une séparation si affligeante causait à M. de Courson. « Priez pour moi, écrivait-il à un ami, je suis bien triste. Je vais chaque jour auprès du lit de notre vénérable évêque avec l'appréhension de voir sonner l'heure d'une séparation qui m'est bien cruelle. Ah ! quand il sera au ciel, bien peu de choses m'attacheront encore à la terre ! »

C'est pendant qu'il préparait ainsi son cœur au coup douloureux qui allait lui enlever son saint évêque , qu'il reçut la nouvelle inattendue que sa tante était à toute extrémité. « M''° Thibault, dit M. l'abbé

Cottineau, alors curé de Vallet, tomba dangereusement malade, sans que le médecin pût reconnaître la nature et la cause de la maladie. Les progrès du mal furent tellement rapides qu'on se hâta d'avertir M. l'abbé de Courson que sa tante désirait vivement recevoir de sa main les derniers sacrements. Mais, au milieu de la nuit, la mort me parut tellement imminente que je me déterminai à lui donner le saint viatique et l'extrême- onction. Elle mourut quelques instants après avec toutes les marques d'une prédestinée. M. l'abbé de Courson, accompagné d'un médecin, arriva dès le matin, et je lui annonçai le sacrifice que Dieu lui demandait. J'ai été alors témoin du spectacle le plus déchirant et de la lutte la plus violente entre les sentiments de la nature et la soumission à la volonté de Dieu. M. de Courson en éprouva une forte crise nerveuse; les soupirs et les sanglots le suffoquaient. Vivement inquiet sur son état, je lui adressai quelques mots de consolation et m'efforçai de le rappeler à lui-même. Il me répondit avec émotion : « Monsieur le curé, je n'offense pas vc Dieu; je ne suis pas maître de ma sensibilité;» puis il répandit une grande abondance de larmes. »

Dès que M. de Courson fut un peu revenu de sa profonde émotion , il s'empressa de consoler M"'= de la Pinière, une de ses jeunes parentes que la mort de M"" Thibault, sa bienfaitrice, plongeait aussi dans la désolation : « Du courage, lui dit-il, ma bonne Angèle, nous la reverrons au ciel. »

Moins de quinze jours après la mort de sa tante, M. de Courson eut la douleur de voir expirer M='" de Guérines, dont l'agonie se prolongeait depuis trois

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