‹ Vie de M. de CoursonChapitre 15 sur 336 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

lage, ne produit pas de bons fruits; il ne l'arrache pas, mais il le greffe, et par ce procédé de son art il lui fait porter des fruits délicieux. »

Ceux qui, comme nous, ne connurent M. de Courson que depuis sa consécration au service des autels, auront de la peine à croire que dans sa première jeunesse on eut à lui reprocher le soin excessif de sa toilette. La chose est vraie cependant, et l'on sait même que ce défaut lui attira plus d'une plaisanterie delà part de ses condisciples. Une semblable faiblesse dans un esprit naturellement sérieux et élevé peut sans doute être attribuée en partie à la première éducation, et aux soins que M"« Thibault prenait de son cher neveu, mais la vanité n'y était pas étrangère.

Un défaut plus blâmable encore, et qui chaque jour faisait de nouveaux progrès, se remarqua aussi dans M. de Courson à l'époque dont nous parlons. « Malgré la bonté de son cœur, dit un de ses anciens condisciples, la vivacité et la pétulance qu'on avait remarquées en lui dès le bas âge devinrent plus sensibles et nuisirent beaucoup à la subordination qu'exigeait la vie du petit séminaire. Toujours bon et affectueux envers ses condisciples, il en était toujours aimé; mais il causait quelquefois bien de la peine à ses maîtres par son caractère hautain et indépendant. La grande influence qu'il prit de bonne heure sur ses condisciples et dont plus d'une fois il usa pour les porter au bien, eut malheureusement en quelques rencontres un effet tout contraire , et ne servit qu'à le placer à la tête des petites cabales d'écoliers qui se formaient. Dans ces circonstances, il

conservait une présence d'esprit et un sang -froid imperturbables *. »

Malgré les écarts d'insubordination dans lesquels l'entraîna quelquefois son caractère indépendant et un peu fier, le jeune de Courson ne perdit jamais ce fonds de docilité qu'inspire la religion, et ses maîtres le trouvèrent toujours disposé à la soumission, lorsque, en termes bienveillants , il firent appel à sa con-

1 L'auteur de la note apporte, à l'appui de son appréciation, quelques faits qui, considérés en eux-mêmes, étaient, en elTet, bien répréliensibles. En voici un dont la gravité n'échappera à personne. L'usage était au petit séminaire de Nantes de souhaiter la fête du supérieur avec beaucoup de solennité. Les élèves de rhétorique jouaient une pièce à celte occasion : les parents et plusieurs personnes de distinction y étaient invités; on accordait une sortie générale aux élèves pour le lendemain. (I Dans la circonstance dont je parle, ajoute le témoin dont nous empruntons le récit, le supérieur et les professeurs crurent devoir supprimer celte sortie, en punition de quelque manquement aux règles de la maison. Malgré la prétendue rigueur de cette punition, tout paraissait dans le calme; aucune plainte, aucun murmure. Mais au moment où la pièce allait commencer, quand on tira le rideau, tous les acteurs en grand costume parurent rangés sur une ligne au milieu du théâtre. M. de Courson, à la grande surprise de l'assemblée et surtout de l'excellent supérieur, s'avança sur la scène, et, du ton le plus ferme et le plus accentué, adressa la parole à M. Delsart : « Monsieur le supé- <i rieur, lui dit-il , avant de commencer la pièce , mes condisciples <i et moi nous vous prions de nous accorder une sortie pour défi main. » M. le supérieur, dans celte position difficile, lui répondit : <i Mes enfants, nous parlerons de cela dans un autre mo- « ment. » Mais l'orateur de la troupe répliqua avec le plus grand sang-froid : « Monsieur le supérieur, c'est tout de suile qu'il nous <( faut une réponse, afin que nos parents, qui sont ici présents, « pui-scnt nous envoyer chercher demain matin. » A ces mots, des battements de mains et des cris : appuyé , appuyé, se firent entendre dans toute l'assemblée, et la sortie fut arrachée comme de force. »

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