CHAPITRE XXI
mois. Quoique attendue et accompagnée des dispositions les plus saintes et les plus consolantes, cette mort lui fut très sensible. «Notre bon, notre saint évêque est mort, écrivait -il à un directeur du séminaire de Nantes, alors dans sa famille. Sa mort a été digne de sa vie. Je ne l'ai pas quitté dans ses derniers moments; j'ai ressenti toute la douleur de sa longue agonie. Ce second coup qui m'a frappé quand la douleur du premier se faisait encore sentir a remué entièrement ma pauvre âme. Que Dieu soit béni, mes deux liens sont rompus : qui m'aidera à rompre le plus dur de tous, celui qui m'attache à moi-même ! »
Nous trouvons les mêmes expressions de regret et de sainte résignation dans quelques lettres de condoléance qu'il eut à écrire vers le même temps. « Je viens aussi moi , disait-il à un de ses anciens élèves, d'être séparé de ce que j'avais de plus cher dans la vie , d'une bonne tante qui m'avait élevé et servi de mère, à laquelle je dois mon éducation chrétienne et n a vocation; et de notre vénérable évêque qui, m'honorant d'une affection que je ne méritais pas, me comblait de bontés et m'aimait paternellement. Ces deux coups qui m'ont frappé presque en même temps m'ont été cruels ; mais il faut aimer et embrasser la sainte volonté de Dieu , et puis profiter des circonstances pour devenir meilleur. Je me trouve aujourd'hui bien seul sur la terre : aidez-moi à obtenir que cet isolement, qui est une grande grâce, profite à mon âme et me rende un meilleur instrument entre les mains de Dieu. »
Le testament de M«' de Guérines renfermait plusieurs dispositions pieuses et charitables en faveur
du diocèse de Nantes, et le vénérable prélat avait désigné M. de Gourson pour en être l'exécuteur. Celui-ci n'hésita pas à accepter cette charge : « Les dernières volontés de notre saint évêque, disait -il dans une lettre déjà citée, vont encore me donner de l'embarras et de l'ennui. Par amour pour Dieu et par amour pour lui, je répondrai de mon mieux à sa confiance ; j'en accepte la peine. »
M. de Courson conserva toute sa vie les sentiments d'affection filiale qu'il avait pour M«^'' de Guérines , et dont il donna des preuves si touchantes au moment où la mort l'en sépara. En 184o, il disait à M. le comte de Guérines, neveu de ce digne prélat, qui lui avait écrit à l'occasion de son élection comme supérieur de Saint-Sulpice : « Combien je suis sensible à votre bon souvenir ! j'en ai la plus sincère reconnaissance. Je n'oublie pas l'affection qu'avait pour moi l'homme vénérable qui a dirigé mes premiers pas dans la carrière du sacerdoce; et, dans la situation difficile que la Providence vient de me faire , je me rappelle souvent la règle de conduite qu'il m'a enseignée ; il m'est arrivé bien des fois de m'entretcnir avec lui, de l'écouter, comme s'il était présent. Il m'avait inspiré une si juste et si entière confiance que les années ne peuvent détruire ce sentiment. » Il lui disait encore, dans une lettre de 1848 : « C'est toujours un grand bonheur pour moi de recevoir de vos nouvelles ; les souvenirs qui se rattachent à votre nom sont impérissables. »
Par une affection si profonde et si filiale, M. de Courson méritait bien d'avoir près de lui au moins une partie des restes vénérables de M»'' de Guérines :