‹ Vie de M. de CoursonChapitre 142 sur 336 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

son cœur lui fut accordé, et, dès que la chapelle de philosophie qui s'élevait en ce moment eut été achevée et bénite, on l'y plaça sous un modeste monument, à côté de l'autel '. Le cœur du pieux supérieur devait aussi y être placé un jour, mais, en attendant que la mort permît le rapprochement de deux cœurs que Dieu avait si étroitement unis pendant la vie, c'était une douce consolation pour M. de Gourson, quand il célébrait les saints mystères ou venait se prosterner au pied du tabernacle, de penser que là, près de lui, était le cœur du saint évêque qui l'avait tant aimé.

Le bon supérieur ne fut pas moins fidèle au souvenir qu'il devait à sa vertueuse tante. Quoiqu'il pût bien espérer de la miséricorde de Dieu en faveur d'une personne qui avait consacré sa vie à la pratique des bonnes œuvres, il ne négligea rien pour la faire entrer plus tôt en possession du bonheur éternel. Il fît dans cette fin d'abondantes aumônes aux pauvres de Vallet, demanda beaucoup de prières et offrit luimême, pendant longtemps, le saint sacrifice delà messe à cette intention. Jusqu'à la fin de sa vie, il ne manqua jamais, le jour anniversaire de sa mort, de redoubler ses prières : « Je suis persuadé qu'elle est au ciel, disait-il en 1846, mais je n'en suis pas moins

1 La bénédiction de la chapelle de philosophie fut faite le 20 juillet 1838, par Msi' de Hercé, au milieu d'un clergé nombreux et avec toute la solennité possible. M. de Courson avait invité à cette cérémonie non seulement les prêtres de Nantes et des environs , mais encore des ecclésiastiques étrangers au diocèse, en particulier les directeurs du séminaire d'Angers. « Je serais heureux, leur écrivait-il, si vous me faisiez l'honneur de partager notre joie. »

fidè'ie à mes devoirs de tendre affection et de reconnaissance envers elle. »

M. de Courson n'était pas encore entièrement remis de l'émotion douloureuse que lui avaient causée la mort de sa tante et celle de son évêque, lorsqu'il apprit qu'un de ses plus chers disciples venait aussi de quitter la terre. Nous avons dit plus haut, d'après les communications de M^M'évêque d'Angoulême, quels soins paternels le bon supérieur avait eus pour son frère, M. Zacharie Sebaux. Depuis qu'il avait quitté le séminaire de philosophie, ce pieux jeune homme n'avait cessé de correspondre avec M. de Courson, et par ses conseils il était à la veille de prendre les engagements du sous-diaconat. Dieu se contenta de son bon vouloir, ou plutôt, comme le disait si bien son saint maître : « Dieu alla au plus court, il agréa la victime , et l'immolation eut lieu d'une manière plus excellente : le Ht de mort servit d'autel, et Dieu, sans se faire représenter par ses pontifes, reçut et admit par lui-même le jeune acolyte dans l'assemblée des saints. »

Malgré les motifs de consolation que présentait la mort de ce fervent séminariste, M. de Courson y fut très sensible : « J'ai le cœur bien malade, écrivait-il à M. Féret. M. Zacharie Sebaux est mort hier, je viens d'en recevoir la nouvelle. Heureux enfant, il est au ciel : que Dieu soit béni ! » Il ne pouvait manquer en cette occasion de consoler la famille du jeune défunt: « Mon cher enfant, disait- il à M. Léopold Sebaux, celui-là même qui gouverne aujourd'hui l'Église d'Angoulême , adorons Dieu , soumettonsnous à lui, baisons sa main avec amour, offrons-lui

Page 1