CHAPITRE XXII
«surtout, disait- il à un très respectable professeur, exercez une certaine influence sur vos jeunes confrères, aidez -les à supporter les petites peines, encouragez-les à la piété et au travail, au respect et à la confiance; qu'ils vivent de la foi dans leurs rapports avec les supérieurs et avec leurs élèves. »
Rien ne le contristait comme les changements occasionnés dans le personnel des professeurs par le défaut d'entente et de support : « C'est toujours ma désolation, disait- il. Quand donc, supérieurs et inférieurs, aurons -nous un peu de patience, un peu de charité ? Sans ces deux vertus il n'y a pas et il ne peut y avoir de stabilité dans les communautés. Telle est l'humaine condition à laquelle il faut de nécessité se résigner. Nos jeunes professeurs iront bien s'ils sont aimés, aimés cordialement, supportés, un peu dirigés. Ce sont des enfants, de bons enfants qui ont besoin de cela. Ma pensée, ajoutait- il, est que le paternel amour et la sollicitude d'un supérieur de séminaire doivent principalement se diriger vers les professeurs ; les élèves s'en ressentiront sûrement. Je conviens que l'action sur les élèves est plus facile, plus consolante, mais je crois qu'elle doit être presque indirecte et que directement elle doit atteindre leurs maîtres. »
La lettre qui renferme ces sages conseils contient aussi des félicitations pour le supérieur à qui elle est adressée. M. de Courson le complimente sur ce qu'il a supprimé la honteuse pénitence du pain sec et a substitué, à la punition du piquet, la retenue dans une salle. Ces petits détails montrent combien son bon cœur s'intéressait aux enfants des maisons d'é-
ducation. Il les aimait tendrement, n'en parlait qu'avec la bonté d'un père et s'occupait sans cesse des moyens d'améliorer leur position et de perfectionner l'éducation qui leur était donnée.
Ce grand zèle qu'eut toujours M. de Courson pour l'éducation de la jeunesse cléricale lui faisait vivement désirer qu'il s'établît des congrégations de prêtres , spécialement vouées à une œuvre si importante. Comme beaucoup d'autres bons esprits de notre temps, il gémissait en voyant que Dieu n'avait encore suscité personne pour subvenir à ce grand besoin , et volontiers il communiquait à ses amis les sentiments que son cœur lui inspirait à ce sujet. « Dans un voyage que je fis avec lui, dit M^'^ Sebaux, il me confia une pensée, un vœu plutôt qu'un projet. Il aurait voulu qu'une congrégation religieuse se formât pour diriger les petits séminaires et donner aux jeunes élèves une éducation plus forte, plus pieuse, plus régulière. Il avait ainsi toujours devant les yeux la pensée de la sainteté du sacerdoce et des moyens à prendre pour former plus complètement ceux qui devaient en recevoir un jour le caractère. »
Quoique la pieuse congrégation fondée par le Vénérable père Eudes et qu'emporta, en 1791, la tempête révolutionnaire, ne fût pas destinée à l'œuvre des petits séminaires, M. de Courson en envisagea le rétablissement comme un grand bienfait du Ciel et ne cessa d'encourager ceux qui concoururent à cette entreprise laborieuse. « Je forme des vœux ardents pour votre société, écrivait- il à M. l'abbé Louis; vous savez avec quel intérêt je considère tout ce qui intéresse votre o:uvre renaissante et dont le rétablis-