‹ Vie de M. de CoursonChapitre 151 sur 336 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

ment au zèle et à la générosité de M. de Courson : en cette occasion l'opinion du public n'était ni erronée ni exagérée. Nous voyons, en effet, par la communication que nous a faite très obligeamment un des pères qui prirent part à la fondation , que le généreux supérieur se surpassa lui-même en cette circonstance. Non seulement il fut le promoteur de l'appel de ces religieux, non seulement il les aida généreusement, à leur arrivée, dans l'achat d'un mobilier convenable et paya les loyers de la maison qu'ils habitèrent les premières années, mais, par suite de complications inattendues, il eut occasion de leur rendre plusieurs autres bons offices dont l'un, en particulier, lui coûta bien des sollicitudes.

En arrivant à Nantes, le R. P. Delvaux acheta, dans le voisinage du séminaire de philosophie, un terrain considérable sur lequel il se proposait de bâtir la maison avec église où il voulait résider ; malheureusement cette position, au bout de la ville, ne convenait pas pour l'œuvre qu'il s'agissait de fonder, et M. de Courson n'eut pas de peine à le faire comprendre. Il fallait donc revendre, mais auparavant il était nécessaire de.'payer le vendeur, qui avait fixé un terme très rapproché. M. de Courson prêta sans intérêts la somme nécessaire, puis il s'occupa de débarrasser les acquéreurs de l'immeuble qui ne convenait pas.

Ce terrain pouvait se vendre dans de bonnes conditions et avec profit, par suite de l'ouverture de la route de Paris qui le longeait; mais il répugnait au R. P. Delvaux de se donner l'embarras d'une vente et surtout de s'exposer à passer pour un spéculateur.

« J'eus l'ordre , dit le religieux qui nous fournit ces détails, d'aller faire rapport de tout cela à M. de Courson. Il m'écouta avec une attention très marquée, éleva ses lunettes au haut de son front et d'un air très soucieux : « Quels voisins, me dit-il, allez -vous « me donner? Savez-vous qu'ils pourront m'être très a incommodes et désagréables? Une usine, peut-être, « une grande auberge à l'entrée de la ville ? Que « sais-je! » — Je ne pouvais rien répondre. « Tenez, « ajouta M. de Courson, dites au P. Delvaux que je « lui demande trois jours pour réfléchir. » Au jour indique il me dit : « Le notaire assure que ce terrain « vaut cent mille francs; c'est bien cher et beaucoup « plus qu'il ne vous a coûté, mais n'importe, dites « au P. Delvaux que s'il y consent nous le prendrons « pour cent mille francs. » J'eus à peine rapporté cela au P. Delvaux qu'il me dit : « Allez de suite « assurer M. de Courson que jamais nous ne mar- « chanderons avec lui, qu'il est propriétaire du ter- « rain de la Randière. » Je le fis, et tout fut conclu. » Dans ce marché où, de part ni d'autre, aucune vue intéressée ne se mêla, M. de Courson prévoyait bien qu'indépendamment des pertes pécuniaires qui pouvaient lui en revenir, il s'exposait aux inquiétudes dont les vendeurs sont rarement exempts; toutefois, il était loin de se faire une juste idée des préoccupations que, par suite des circonstances, ce contrat allait lui causer. Après avoir vendu une de ses métairies pour s'acquitter de ses engagements, il dut s'occuper de revendre en détail, à des acheteurs qui par leur voisinage ne gêneraient pas la maison de philosophie. Ces ventes, qui ne furent terminées

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