CHAPITRE XXII
qu'après sa mort, lui devinrent un sujet continuel d'inquiétude ; il en parle fréquemment dans ses lettres à celui de ses confrères de Nantes qui gérait ses intérêts, 6t l'on voit par ses expressions combien ces embarras le fatiguaient.
Nulle part, cependant, on ne trouve trace de repentir au sujet des motifs principaux qui lui ont fait entreprendre cette affaire. Loin d'attribuer à qui que ce soit la cause des ennuis qu'elle lui donne, sa profonde humilité les lui fait envisager comme un châtiment infligé par la justice de Dieu à quelque défaut de droiture qu'il a peut-être, à son insu, mêlé dans cette bonne œuvre. C'est tout à fait le langage des saints : « Oui, disait -il au commencement de 1845, l'affaire de la Randière est une mauvaise, très mauvaise affaire. Dieu l'a permise , et désormais il n'y a plus d'autre parti à prendre que de chercher à en faire son profit spirituel. En ce sens elle peut encore devenir une bonne affaire et servir d'échelon pour aller au ciel. Peut-être, hélas! que quand elle a été conclue mon cœur n'était pas assez droit, assez pur. Il y a tant de mélange dans mes intentions et une si affreuse vie de nature en moi que je n'oserais entreprendre la justification du motif qui me poussait. Et puis l'œil de Dieu , qui est autrement pénétrant que le nôtre, voit des taches dans les anges. Mon Dieu, mon Dieu ! ab occuUis meis munda me. Hélas ! tout est souillé, même nos meilleures actions! Ce qui m'afflige, c'est que vous, cher confrère, vous avez à supporter tout l'ennui et tout l'embarras de cette malheureuse affaire. »
Rien n'était capable de consoler M. de Courson des
inquiétudes que lui donnait la vente des terrains qu'il avait pris à sa charge, pour faciliter l'installation du P. Delvaux et de ses collaborateurs, comme la vue du bien que ces nouveaux missionnaires faisaient déjà dans le diocèse de Nantes. « Vous me félicitez, écrivait-il à M. Louis, sur l'établissement des pères jésuites dans cette ville. Je pense comme vous que la Providence nous a bien favorisés en nous aidant à former ce petit établissement, qui se développera, j'espère, avec le temps et fera l'œuvre de Dieu , dans ce diocèse et dans les diocèses voisins. »