CHAPITRE XXIII
ZÈLE DE M. DE COURSON POUR LA LIRERTÉ d'eNSEIGNEMENT
Pendant que M. de Gourson s'appliquait à rendre plus florissants les collèges eclésiastiques et les petits séminaires du diocèse de Nantes, une grave question, qui n'était pas indifférente pour ces établissements, la question de la liberté d'enseignement, préoccupait beaucoup les esprits. Elle touchait à des intérêts d'un ordre trop élevé, se rattachait trop étroitement aux droits de l'Église, à l'éducation chrétienne de la jeunesse, aux destinées de la religion et à la prospérité morale de la France, pour qu'un homme qui avait consacré sa vie et sa fortune au soutien de ces grandes choses , y demeurât étranger. « L'éducation de l'esprit, disait, en 1847, M. de Salvandy, alors ministre de l'instruction publique, est trop intimement liée à celle de la conscience pour que les arbitres de l'une ne soient pas les témoins inquiets et jaloux de la direction de l'autre. Le clergé français prouve qu'il a l'esprit de sa mission , qu'il est sin-
cère, toutes les fois qu'il se montre préoccupé des questions relatives à l'enseignement'. »
C'est ce que comprenait parfaitement M. de Courson , et ses principes furent la règle de la conduite qu'il tint dans les graves débats que fit naître l'examen des projets de loi successivement proposés aux chambres. Simple directeur de séminaire, il aurait suivi ces discussions avec l'anxiété et la tristesse d'un fils qui voit qu'on méconnaît les droits de sa mère, avec la sollicitude d'un père qui craint pour l'avenir de ses enfants, avec l'affliction d'un bon citoyen qui prévoit de grands malheurs pour son pays; les fonctions de vicaire général lui fournirent l'occasion de dire sa pensée avec cette franchise qui fit toujours le fond de son caractère.
Les ordonnances du 16 juin 1828, arrachées à Charles X par un ministère qui croyait affermir son pouvoir en faisant des concessions au parti libéral, furent en cette matière les premières atteintes portées aux droits de l'Église et comme le point de départ des graves empiétements que l'autorité civile se permit à l'égard de l'autorité des premiers pasteurs. L'une de ces ordonnances, en exigeant des professeurs la déclaration de n'appartenir à aucune congrégation non autorisée, éloignait les pères de la compagnie de Jésus des huit petits séminaires où la confiance des évêques les avait appelés. Par la seconde, on limitait le nombre des élèves admissibles dans les petits séminaires ; il était défendu d'y recevoir des externes; l'habit ecclésiastique y devenait obligatoire pour tout
1 Exposé des inoUl's du projet du loi.