‹ Vie de M. de CoursonChapitre 154 sur 336 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

élève âgé de quatorze ans et admis depuis deux ans dans la maison. « A la lecture de ces ordonnances , dit le dernier historien de la compagnie de Jésus, la stupeur des catholiques égala la joie des constitutionnels ; les uns frémissaient d'indignation , les autres éclataient en transports. »

L'épiscopat ne pouvait se dispenser, en présence d'un empiétement si flagrant, de porter au pied du trône d'humbles , mais fortes représentations. Les petits séminaires sont les pépinières du clergé; tout ce qui concerne ces précieux établissements touche de près aux droits et aux intérêts les plus chers et les plus sacrés de la religion. Aussi la protestation des prélats fut-elle remarquable entre toutes. «On n'a point encore oublié, disait en 1850 M»'' Dupanloup, avec quelle unanimité de sentiments, avec quelle fermeté de conduite, avec quelle élévation de langage l'épiscopat français tout entier a protesté contre les entraves oppressives des ordonnances de 1828 \ »

Parmi les évêques les plus opposés à toute concession, on doit ranger celui de Nantes. Malgré la modération qui se remarquait dans tous ses actes, il ne put envisager sans frayeur des prescriptions si opposées aux droits de l'Église. M. de Courson ne pensait pas autrement que M»' de Guérines sur ces fatales ordonnances; et, quoique très dévoué au roi et aux principes de la légitimité, il ne voyait pas sans douleur ces concessions faites à l'impiété. Prévoyant bien d'ailleurs que ce n'était qu'un premier pas dans une voie qui conduirait aux abîmes, il redoutait les suites de cet acte de faiblesse pour la société elle-même.

1 De l'Education, l. I, p. 396.

C'est ce qui explique les vives appréhensions qu'il éprouva alors et dont sa correspondance elle-même porte l'empreinte. Il craignait presque une persécution pour l'Église, du moins il tremblait sur l'avenir des écoles ecclésiastiques , et sur ce dernier point ses craintes n'avaient qu'un trop réel fondement.

Elles furent plus fondées encore sous le gouvernement de juillet, qui, dès l'origine, se montra si peu favorable à la religion, à ses institutions et à ses ministres. La nouvelle charte constitutionnelle, acceptée par le roi , portait bien dans ses dispositions supplémentaires qu'on pourvoirait, par une loi, dans le plus court délai possible à Vinstruction publique et à la liberté de renseignement; mais cette promesse que les ministres de Louis -Philippe ne devaient pas tenir, rassurait médiocrement les premiers pasteurs et ceux qui partageaient leur sollicitude pour l'éducation de la jeunesse. Il devint plus difficile encore de la prendre au sérieux lorsque, trois mois après que la charte eut été solennellement jurée, on adressa à tous les évêques une ordonnance royale, datée du !«'■ octobre 1830, qui portait suppression des huit mille demi-bourses créées en 1828, en faveur des petits séminaires, tandis qu'elle maintenait toutes les autres dispositions des deux ordonnances du 16 juin. On avait droit d'espérer mieux. Après les promesses de liberté faites à tous on pouvait croire que les entraves et les restrictions mises par les ordonnances de juin à la liberté des familles, à celle des maîtres, à celle des élèves, allaient disparaître. Point du tout : on les prescrit de nouveau, on ne supprime de l'ordonnance que la disposition destinée à l'adoucir.

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