CHAPITRE XXIII
Cette conduite donnait la mesure de ce que le clergé et les catholiques pouvaient espérer de liberté sous la nouvelle monarchie, et la suite ne répondit que trop à ces commencements. Loin de se relâcher sur aucune des dispositions restrictives contenues dans les ordonnances, les divers ministres de l'instruction publique, malgré les pétitions adressées aux chambres, les aggravèrent et les rendirent encore plus intolérables pour les petits séminaires. Ainsi le diplôme de bachelier, qu'on n'exigeait d'abord que pour quelques carrières , fut successivement imposé pour toutes , et , d'autre part , il ne suffisait plus pour y aspirer d'avoir fait sa philosophie dans une institution universitaire, on devait aussi y suivre le cours de rhétorique. Ces exigences oppressives trouvèrent une vive opposition dans l'épiscopat, et même, en quelques occasions, dans les chambres ; il en naquit des discussions vives et prolongées qui émurent peu à peu le pays tout entier.
M. de Courson suivit avec un religieux intérêt tout ce qui fut dit et écrit sur une question si fondamentale. Nul, peut-être, n'éprouvait plus de peine que lui à la vue de la légèreté avec laquelle des hommes politiques traitaient les réclamations des évêques, ne voulant y voir qu'une réclame en faveur de leurs petits séminaires, tandis que la question intéressait au plus haut degré le recrutement du clergé, la conservation des vocations ecclésiastiques et, parla même, le maintien de la religion en France.
C'est sur quoi le zélé supérieur eut occasion de s'expliquer très fortement dans une circonstance importante. M^'^ de Hercé, récemment élevé sur le siège
de Nantes, voulant faire arriver jusqu'au monarque l'expression des craintes inspirées à l'épiscopat par un discours récent du ministre de l'instruction publique, chargea M. Vrignaud, son grand vicaire, de préparer le projet du mémoire qu'il se proposait de joindre à sa lettre. Celui-ci pria M. de Courson, beaucoup plus familiarisé que lui avec ces sortes de matières, de l'aider dans ce travail et en reçut une réponse où la question est traitée avec une solidité et une lucidité remarquables.
« Je ne suis pas habile en matière de mémoires, disait- il d'abord, mais je vais vous exposer simplement comment je concevrais celui-ci : 1° je représenterais l'indispensable nécessité des petits séminaires, seul moyen de former des prêtres. Je dirais que les collèges royaux et communaux n'offrent aucune ressource, parce que l'éducation que la jeunesse y reçoit est dirigée tout entière vers les professions séculières. J'exposerais encore une fois les besoins des paroisses qui sont loin d'avoir le nombre de prêtres qu'exige le service ordinaire. Les efforts soutenus des évêques et des fidèles ne sont pas parvenus jusqu'ici, dans la plupart des diocèses, et notamment dans celui de Nantes, à procurer un nombre suffisant de sujets.
(( Les petits séminaires sont loin de réunir le nombre d'élèves qui leur a été accordé par l'ordonnance Feutrier, et c'est dans cet état de choses qu'on poursuit l'exécution d'une mesure qui tend directement à la destruction des petits séminaires. Les jeunes gens arrivés en rhétorique seront contraints de quitter les petits séminaires pour aller suivre les cours de rhé-