CHAPITRE XXIII
torique et de philosophie dans d'autres établissements , c'est-à-dire qu'on les jettera dans une position extrêmement dangereuse pour leur vocation, précisément à l'âge et à l'époque où ils devraient plus sérieusement s'occuper de se fixer dans leur vocation. Les jeunes gens arrivent en rhétorique à l'âge de seize, dix -sept ou dix-huit ans. Comment veuton qu'à cet âge ces pauvres enfants aient assez sérieusement réfléchi sur eux-mêmes et sur l'état saint et difficile auquel ils se destinent, pour s'y fixer de telle sorte qu'ils se privent de toute liberté de suivre une autre carrière ?
a Et quand les jeunes gens ne feraient pas ce raisonnement, les familles ne le feraient -elles pas? Un père sage qui comprend le besoin que son fils a d'un état, lui permettra-t-il de rester dans le petit séminaire quand il saura que ce fils se met dans l'impossibilité d'embrasser un autre état que l'état ecclésiastique? Qui est-ce qui ignore que les goûts et les projets d'un jeune homme de dix-sept à dix-huit ans changent aisément et que tel enfant qui a toujours paru incliner vers le sacerdoce, bien souvent, à cet âge, prend d'autres idées et reconnaît que les engagements imposés par le sacerdoce sont au-dessus de ses forces ?
« Il est donc évident que ces mesures qui finiront par priver les élèves des séminaires des diplômes de bachelier, éloigneront de ces maisons un très grand nombre d'élèves qui iront perdre leur vocation au milieu du monde, où ils seront obligés d'abandonner les habitudes de leur première éducation. Ne doit-on pas craindre aussi que quelques jeunes gens, gênés
par cette mesure dans le choix de leur état, n'entrent dans l'état ecclésiastique sans véritable vocation ; et quel malheur ne serait-ce pas pour l'Église!
« On objecte que les petits séminaires reçoivent des élèves qui ne se destinent pas à l'état ecclésiastique : franchement, un homme raisonnable peut-il s'arrêtera cette difficulté? Qui est-ce qui peut discerner la vocation d'un enfant de douze à seize ans? el ne faut-il pas convenir qu'un enfant qui se soumet au régime, aux usages et à tous les moyens d'éducation d'un séminaire, par cela seul est dans la voie de l'état ecclésiastique ? Ne veut-on considérer comme étudiants ecclésiastiques que les enfants pauvres, qui n'auraient pas les ressources suffisantes pour faire leurs études, s'ils ne se présentaient pas comme aspirants au sacerdoce ?
« Voilà, mon bon ami, mes petites idées que vous disposerez et développerez à merveille. Voyez aussi s'il ne serait pas bon de dire que M. Villemain s'est assurément trompé quand il a déclaré à la chambre des pairs que les évêques n'avaient pas réclamé contre l'ordonnance Feutrier. Voyez encore s'il ne conviendrait pas de défendre l'honneur des études des petits séminaires et repousser l'indulgence que M. Villemain a eu l'air d'invoquer en faveur de nos élèves, surtout pour les études de philosophie. »
Les justes et unanimes réclamations de l'épiscopat ne purent vaincre les préventions que l'université entretenait contre le clergé; M. Villemain, dans la séance du 9 mars 1841 , présenta à la chambre des députés un projet de loi qui ne donnait aucune satisfaction aux demandes si légitimes des prélats, et dont