‹ Vie de M. de CoursonChapitre 157 sur 336 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

on peut dire avec raison qu'il n'était qu'une simple transformation du monopole universitaire. Aussi les catholiques signèrent -ils de nouvelles et plus nombreuses pétitions en faveur de la liberté d'enseignement. Quant auxévêques, dont les précédentes réclamations étaient demeurées ignorées et semblaient s'être perdues dans les bureaux du ministère des cultes, ils se déterminèrent à plaider leur cause publiquement et envoyèrent aux journaux les réflexions qu'ils faisaient parvenir au ministre.

Jusque-là, laissant à d'autres de réclamer la liberté d'enseignement solennellement promise depuis tant d'années, les premiers pasteurs se bornaient à demander pour leurs petits séminaires l'indépendance qui leur est due ; mais, quand ils virent que des réclamations si mesurées et si indispensables n'étaient pas entendues , ils allèrent plus loin et ne craignirent pas de rappeler au gouvernement que la charte de 1830 avait promis à tous cette liberté d'e7iseignement qu'on déniait à l'épiscopat pour ses écoles ecclésiastiques. C'est ce que faisait en particulier M*?"" de Hercé, dans une lettre adressée au ministre, le 28 mars 1841, et à laquelle M. de Gourson ne fut pas étranger. Il ne craignait pas de dire qu'un moyen de satisfaire tout le monde serait d'accorder la liberté d'enseignement dont la promesse était inscrite au pacte fondamental. « Liberté pour tous : liberté pour les pères de famille , libres de choisir pour leurs enfants entre tous les systèmes, tous les établissements, toutes les carrières; liberté pour l'épiscopat de remplir sa divine mission , de recruter et de former le sacerdoce et de plus d'arracher la jeunesse, autant qu'il dépendra

de lui, à des maîtres dont les doctrines menacent la société aussi bien que la religion. »

Les pétitions pour la liberté d'enseignement qui se signaient à Nantes étaient en parfait accord avec les réclamations de M»"" de Hercé. Celle qui fut adressée au commencement de janvier 1843, à la chambre des députés , signalait avec force les dangers que faisait courir au pays l'enseignement philosophique , historique et religieux que donnaient plusieurs professeurs de l'université. Cette grave considération, qui jusque-là n'avait pas été suffisamment envisagée , venait d'être présentée avec beaucoup de force dans le Monopole universitaire , ouvrage qui eut un grand retentissement en France , parce qu'il faisait connaître des faits nombreux, incontestables et d'une portée immense.

La lecture de ce livre fut, pour M. de Courson en particulier, la révélation d'un péril dont il soupçonnait bien quelque chose, mais dont il ne connaissait pas l'étendue. 11 savait bien que, généralement, dans les collèges de l'université, la religion n'était pas en grand honneur et que, parmi les élèves qui les rempUssent, bien peu nourrissaient dans leur cœur la flamme de la piété. Cette pensée lui avait même inspiré une pratique touchante , c'était d'aller de temps en temps, durant les vacances, dire la messe dans l'église du collège royal de Nantes, afin d'y dédommager Notre-Seigneur du peu d'amour qui lui était témoigné en ce lieu. Il avouait que dans cette circonstance les larmes lui venaient aux yeux, en pensant combien Jésus-Christ était abandonné dans celte pauvre chapelle et combien son divin cœur

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