CHAPITRE XXIV
devait, par sa position, être le membre le plus actif de la commission que je présidais, mais la maladie ou d'autres obstacles l'ont empêché de conduire son travail comme je l'aurais désiré. De mon côté, je ne suis pas sans reproche dans celte affaire; entraîné par mes occupations continuelles, je n'ai pas assez pressé une conclusion à laquelle on pouvait parvenir assez aisément. »
L'humble supérieur était seul à s'accuser de négligence en celte procédure. M^"^ Richard explique bien mieux les retards qu'éprouva la conclusion d'une affaire qui demandait tant de recherches : « M. de Gourson, dit-il, ce vénérable prêtre qui, dans son zèle pour tout ce qui louchait à la gloire de l'Église, avait donné l'impulsion aux travaux entrepris pour sauvegarder le culte de la bienheureuse ; M. l'abbé Cadoret, qui avait fait les premières enquêtes avec tant de piété ; M. l'abbé Lagrange, qui avait achevé de réunir les matériaux pour élever un monument à la gloire de Françoise, moururent tous les trois avant de voir le couronnement de l'œuvre qu'ils avaient commencée. Mais Dieu a son heure pour la glorification de ses élus; il suscite, au moment opportun, les hommes qui doivent y travailler; ils apportent successivement leur pierre à l'édifice; l'œuvre est lente souvent à s'accomplir, elle s'achève pourtant à l'heure marquée par la Providence '. »
La dévotion du pieux supérieur envers la bienheureuse duchesse de Bretagne n'était pas chez lui l'effet d'un simple sentiment de patriotisme ; c'était l'effet
* Vie de la Bienheureuse , n, 271.
de cette pieuse disposition que M^ Richard a si bien nommée : « l'intelligence des choses de Dieu et l'amour des saints. » Rarement cette intelligence et cet amour se rencontrèrent unis ensemble à un pareil degré. Il connaissait le nom de tous les patrons des paroisses du diocèse de Nantes, et dans l'occasion il aimait à en rappeler le souvenir et à se mettre sous leur protection. Il disait à un curé auquel il envoyait une relique de la vraie Croix : « J'espère que j'aurai part à vos prières et à celles de vos paroissiens auprès de Notre -Seigneur, de sa sainte Mère et de saint Corneille, qui reçoit un culte particuher dans votre paroisse; j'en conserve le souvenir. »
Un ancien vicaire de la paroisse de Saint-Herblain, c'est le nom populaire de saint Hermeland, parle ainsi de la dévotion que le bon supérieur avait pour le saint abbé d'Indre : « C'est M. de Courson, dit-il, qui me fit nommer vicaire à Saint-Herblain : en me donnant sa bénédiction au moment de mon départ il me fit cette recommandation : Dites, en vous rendant à votre poste, les litanies de saint Hermeland. Il n'y en avait point alors, ce qui me donna la pensée d'en composer. Je les lui présentai en lui rappelant sa recommandation et, après les corrections nécessaires, il voulut bien me permettre de les faire imprimer. Ces litanies récitées, non plus par un seul pauvre prêtre, mais par ce digne supérieur et par un grand nombre de saintes âmes, ont attiré de nouvelles bénédictions. Les reliques insignes de saint Hermeland ont été tirées de l'oubli, reconnues authentiques et rendues à ce diocèse. Je ne crois pas être téméraire en faisant remonter à sa bonne parole et à ses prières le