‹ Vie de M. de CoursonChapitre 169 sur 336 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

frère, disait-il, en 1846, à son successeur, quand on a le malheur d'être supérieur il faut presque renoncer à prendre des vacances. » Ce fut sa pratique à peu près invariable tant que sa santé ne l'obligea pas à faire autrement. Il donnait cependant chaque année quelques semaines à sa chère tante et passait auprès d'elle tout le temps qu'il pouvait dérober aux affaires. Après la mort de M>'° Thibault, il ne discontinua pas de se rendre tous les ans à Vallet. Là seulement il pouvait prendre un peu de repos en voyant les ecclésiastiques des environs, quelques personnes de sa parenté, ses fermiers, sa vieille nourrice et les domestiques chargés de cultiver le jardin ou de garder la maison qu'il avait encore à Vallet. Son bon cœur lui faisait prendre un vrai délassement au milieu de ces âmes simples , pour lesquelles, comme il sera dit ailleurs, il avait une tendresse particulière.

Pendant ces quelques jours de villégiature, volontiers M. de Courson faisait trêve à toutes ses occupations ordinaires ; il n'y avait que ses devoirs de piété qui ne chômaient pas. « Sous ce rapport, dit un ancien curé de Vallet, je retrouvai M. de Courson tel que je l'avais connu au séminaire. Même exactitude à ses exercices de piété, avec cette seule différence qu'ayant plus de temps à y consacrer, il les prolongeait davantage. »

Une des pratiques de ce dévot serviteur de Marie était d'aller réciter son chapelet avec les pieux fîTièles qui se rassemblent le soir à l'église pour faire en commun cette prière. Il trouvait un attrait particulier à unir ainsi ses hommages à ceux que ces dévotes personnes offraient à la Mère de Dieu : « Oh ! que ces

bonnes femmes disent bien le chapelet! s'écria- 1- il un jour en sortant de l'exercice. Leur piété m'a donné de la dévotion. »

Des vacances ainsi passées ne pouvaient affaiblir l'esprit de recueillement , si cher au pieux supérieur, mais elles n'avaient pas assez de durée pour donner à son esprit le délassement qui lui était nécessaire, et ce besoin d'un repos plus prolongé se faisait sentir chaque année plus impérieusement. Il se trouva, au commencement des vacances de 1839, tellement épuisé que la visite des établissements ecclésiastiques lui parut au-dessus de ses forces. Il l'entreprit cependant comme à l'ordinaire, mais avec la pensée de prier au plus tôt M*"" de Hercé de le décharger d'un emploi qu'il n'avait plus la force de remplir : « Je pars demain pour Guérande, écrivait-il, le 25 juillet, à M. Féret, je m'y arrêterai deux ou trois jours pour prendre quelques bains de mer, et puis j'irai à Chauve, Machecoul, etc. Dieu ne doit pas aimer le sentiment avec lequel je commence ces tournées, je ne suis pas : Hilaris dalor\ Je me flatte que c'est pour la dernière fois que j'accomplis cette tâche : je suis vieux et épuisé : la nature ne me soutient plus et la foi est bien faible. Ce soir je vais exécuter une résolution que je recommande à vos prières. »

La démarche dont parle ici M. de Gourson n'eut pas l'effet qu'il en espérait: « Vos prières, écrivait-il encore à M. Férct, n'ont pas été exaucées ; mon affaire n'a pas pris la tournure que je voulais. Me voilà encore attaché pour un an à nos petits sémi-

* Allusion à ces paroles de saint Paul : Ililarem dalorcm diligit Deus: Dieu aime celui qui donne avec joie. ( 11 Cor. ix, 7.)

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