‹ Vie de M. de CoursonChapitre 170 sur 336 · CHAPITRE XXV 3 H · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV 3 H

naires, qui me fatiguent de plus en plus. J'ai été obligé de céder aux instances de Monseigneur. »

Ainsi en était-il des autres occupations du vénérable supérieur ; impossible de s'en dégager. C'était comme une chaîne rivée sur lui : l'éloignement seul pouvait le délivrer de tant d'affaires dont il était devenu le centre. Il le comprenait parfaitement; aussi malgré les liens qui l'attachaient à son pays, plus d'une fois il avait proposé à ses supérieurs de l'envoyer dans quelque autre maison, et M. Carrière étant venu au mois de juin 1839 faire, au nomdeM.Garnier, la visite du grand séminaire de Nantes, il réitéra sa demande avec d'autant plus de force que sa santé paraissait assez gravement menacée. « J'ai demandé à aller à Rome, pour un an, disait-il le 17 juin, j'ai demandé à aller à Tulle ou dans tout autre séminaire où je sois sans antécédents et tout à fait inconnu ; j'ai demandé très sérieusement à aller au Canada. Je demanderai encore, mais franchement et en conscience. Quelque sincère et vif que soit mon désir de m'éloigner de Nantes, je ne veux que ce que Dieu veut et j'accepte de rester à la chaîne tant qu'il plaira au souverain Maître de m'y laisser. »

Dieu l'y laissa, en effet, pendant quelques années encore, et c'est alors surtout qu'il eut besoin de faire les pieuses considérations dont parle son biographe : « Il avait, dit-il, une prédilection si vive pour Notre- Seigneur Jésus -Christ qu'il le méditait sans cesse et trouvait dans ses exemples le plus puissant encouragement et la consolation la plus douce. Il avoua un jour qu'au plus fort de ses occupations et au milieu des embarras sans nombre qui l'assiégeaient il ne

se soutenait que par la pensée du Sauveur. Pendant tout un carême il médita ces paroles de l'Évangile : Ligaverunt Jesum.lls ont lié mon Maître, répétait-il sans cesse, et moi aussi je suis serré dans les liens, mais je les porterai par amour'. »

Il puisait aussi des forces dans la lecture de sainte Thérèse, dont il goûtait singulièrement les ouvrages. Un de ses confrères de Paris s'étant effrayé de la demande qu'il avait faite d'être déchargé de ses fonctions, il pria M. Féret de le rassurer : « J'ai lu, ajoutait-il , quelques passages de sainte Thérèse contre le repos , et ils ont un peu relevé mon courage. Cependant je soupire toujours, mais je sens qu'il faut que j'aime mon tracas d'affaires, puisque c'est là le partage que Dieu m'a fait. Demandez pour moi patience et courage. »

Le courage ne lui fit jamais défaut, et jusqu'au bout, malgré l'affaiblissement de ses forces, il se prêta volontiers à tout ce qu'on demandait de lui; quelquefois même il prenait double charge. Le 3 juin 1839, il écrivait agréablement à l'économe de son séminaire, qui avait été obligé de s'absenter avant les vacances : « Demain, examen de l'ordination; puis deux sermons à donner pendant la retraite , un pour M. Quitter, qui est aux abois, l'autre pour M. Martel, qui court le monde. Je n'ai rien de préparé : il faudra verser de l'eau claire. Que Dieu mette la vie dans cette eau , comme dans celle du baptême. »

Cependant ses supérieurs, qui n'ignoraient pas son état et rimpossibilité où il était de prendre du repos

^ Biographie , p. 39.

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