CHAPITRE XXVI
de ses supérieurs pour décider le pieux malade à quitter le poste où il voulait servir jusqu'à la fin. »
Avant de s'éloigner de Nantes, M. de Gourson put prendre part à la cérémonie de l'ordination du samedi des quatre -temps de décembre. Malgré son état de souffrance, il voulait donner encore cette marque d'intérêt à ses anciens élèves, surtout à ceux qui allaient être ordonnés prêtres. Parmi eux se trouvait un de ses parents pour lequel il avait une affection vraiment paternelle. « J'irai, disait-il à sa mère; je veux imposer les mains à cet enfant. » Il put, en effet, assister à la cérémonie, et le lendemain, nonobstant sa grande faiblesse, qui l'obligea de s'asseoir pendant le saint sacrifice, il voulut encore accompagner et diriger ce cher parent pendant sa première messe. Écoutons la sœur du jeune prêtre nous raconter ce qui se passa en cette occasion et mêler le souvenir du vénéré supérieur à ceux de la touchante cérémonie : « Mon frère, dit-elle, célébra sa première messe dans l'ancienne chapelle de la Visitation. Malgré la pauvreté de ce petit sanctuaire, je n'ai d'aucun autre un souvenir aussi doux. Je crois encore y voir le saint qui assistait mon frère dans ce solennel et premier acte de son sacerdoce. Il me semblait que toutes les grâces du Ciel descendaient en ce moment «ur notre famille. Et lorsque, à la communion, le nouveau prêtre, ému, tremblant, s'avança tenant la sainte hostie et se dirigea , presque soutenu par M. de Gourson, vers la table de communion, où se trouvaient réunis tous ses proches, ce fut la plénitude du bonheur qui peut se goûter en ce monde. Ce cher père revenu à Dieu et recevant de son fils le sa-
crement qui renferme Dieu lui-même ! Certainement les prières de notre saint parent nous avaient obtenu pour lui cette faveur du Ciel. Il disait à mon père : « Voilà une grâce qui est le premier fruit de l'ordina- « tion de votre fils. » Son bon cœur en éprouva une émotion profonde ; il l'exprima le lendemain à mes parents avec l'accent de l'affection qu'il leur portait. »
Les derniers jours de décembre firent avancer assez la convalescence de M. de Courson pour que les médecins le crussent capable de se mettre en voyage. Il se disposa donc à quitter Nantes le l""" janvier 1844. Pour combien de temps allait-il être séparé de ses confrères, de ses amis et de sa chère communauté? il l'ignorait, mais il avait l'espoir que dans quelques semaines, au plus tard dans un mois ou deux, il serait de retour : « On veut que je m'éloigne de Nantes, écrivait-il au respectable curé de la Boissière, que je fasse une absence pour prendre un repos plus complet. Il faut donc que je parte et je vais me rendre à Paris. J'espère que mon absence ne sera pas longue. Cependant il en sera comme le bon Dieu voudra ; je suis entre ses mains. »
M. Quitter, directeur au grand séminaire de Nantes et très affectionné à M. de Courson, lui fut donné pour compagnon de voyage jusqu'à Paris. Le trajet se fit sans fatigue ; après un petit arrêt au Mans, on arriva à Paris le 3 janvier au matin. Le vénéré malade fut reçu au séminaire de Saint- Sulpice avec la plus parfaite cordialité ; l'économe de la maison en particulier, le bon M. Houssard, l'accueillit avec une tendresse de mère ; aussi ce saint prêtre commençat-il dès le premier jour à prendre sur lui cette auto-