‹ Vie de M. de CoursonChapitre 178 sur 336 · CHAPITRE XXVI 32b · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI 32b

la pensée de Rome parle à mon cœur; puissé-je trouver un peu de ferveur aux pieds des saints apôtres, sur la tombe des martyrs, et au sanctuaire de Lorette ! Je ne vous oublierai point, je n'oublierai point les vôtres dans mon pieux pèlerinage. »

Les voyages que le vénéré malade allait entreprendre, pouvant se prolonger, il devenait nécessaire de pourvoir à son remplacement au séminaire des philosophes de Nantes. M. Féret fut choisi pour cet emploi. « Décidément, lui écrivait M. de Courson, le 8 janvier, vous voilà donc chargé de nos chers enfants. Ne vous faites point de peine : tout marchera simplement et tranquillement. Dieu sera avec vous. Hier je vous ai bien recommandé à l'autel de Notre- Dame des Victoires que je suis allé visiter pour sanctifier ma première sortie. Vous trouverez beaucoup de défauts dans la marche que j'ai suivie. Supportezmoi et priez pour moi. Cette chère communauté n'est pas trop mauvaise ; que je l'aime ! elle m'est toujours présente. Tous les jours, presque sans m'en apercevoir, je suis pas à pas les exercices du séminaire des philosophes.

« Et moi, cher ami, je suis condamné aux voyages. La Faculté a jugé que j'étais malade. Je le crois par la foi et je me soumets. La Providence a été bien bonne pour moi en m'envoyant le brave M. de Bessay pour compagnon de voyage*. »

L'amélioration qu'avait éprouvée le pieux malade, depuis son départ de Nantes, lui faisait croire qu'il était guéri; il ne tarda pas à être tiré d'illusion. La

1 C'était un prêtre de Nantes fort dévoué à M. de Courson,

fièvre le reprit vers la mi -janvier, et ce ne fut qu'au bout de cinq ou six jours qu'on réussit à la couper. Le départ cependant put être fixé au 22 janvier, et, pour ne pas voyager la nuit, il fut réglé qu'on irait par Orléans, Autun, Lyon, Viviers, Avignon et Aix. Le séminaire de ces différentes villes étant dirigé par des prêtres de Saint- Sulpice, l'itinéraire ainsi tracé devait donner à M. de Gourson, outre le repos des nuits, un autre avantage qu'il mettait au-dessus du repos lui-même, la consolation de passer quelques instants avec de chers confrères qu'il aimait comme on s'aime dans une famille bien unie.

Parmi eux il s'en trouvait un, à Lyon, qui avait des droits tout particuliers à sa tendresse : c'était M. Paulin Arondineau, dont il a été déjà parlé. Après avoir longtemps professé la philosophie à Nantes , cet ecclésiastique, non moins remarquable par la vertu que par le talent, était entré dans la compagnie de Saint- Sulpice, et, son noviciat terminé, ses supérieurs lui avaient confié une chaire de dogme au séminaire de Lyon. Il n'y était pas encore depuis deux ans lorsque, dans les premiers jours de décembre, il apprit que M. de Gourson, pour lequel il avait la vénération et l'affection d'un bon fils envers le meilleur des pères, était dans un état de santé qui donnait des inquiétudes. Gette nouvelle l'affligea d'autant plus sensiblement qu'il ne pouvait se rendre auprès de lui, comme son cœur l'y aurait porté : « Jamais, écrivait-il, je n'avais si vivement senti combien je suis loin de Nantes. Quand saurai-je de ses nouvelles? Je l'ai fait recommander aux prières de la communauté, car je ne puis compter sur les miennes. La

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